La tortue et l'aigle

Giovanni Verdizotti - Fable 79
16ème siècle



Voir la fable originale en Italien
Un jour, la Tortue se trouva près
De l'Aigle, qui du ciel était descendu,
Pour se reposer sur la verte plaine,
L'idée lui vint qu'elle pourrait voler
Pour ressentir ce plaisir, qu'elle croyait
Les oiseaux éprouver à voler dans l'air.
Et aussitôt elle demanda à l'Aigle
S'il lui plairait de l'emmener avec lui
Aux immenses champs célestes
Pour lui montrer comment voler.
Le noble oiseau, qui ne voulait pas
Donner matière à ses sottes idées
De sa ruine, essaya de la dissuader de ce vain désir
En lui montrant le danger imminent
Que cette folle entreprise devait apporter.
Mais aucune raison invoquée
Ne put la détourner de ce désir aveugle,
Que la lumière de la raison chassait au fond ;
Ainsi, poussée par une supplication ennuyeuse
L'Aigle finit par la prendre sur son dos entre ses griffes acérées ;
Et s'éleva aussi haut qu'il put en volant.
De là, en regardant largement autour,
En une brève image des fleuves, des champs et des montagnes,
Sous l'aspect d'une immense hauteur,
Il lui demanda si elle voulait toujours voler.
La Tortue alors, qui était devenue totalement aveugle
Par son insensé appétit,
Répondit qu'elle le désirait par-dessus tout ;
Et qu'elle pensait avoir appris pleinement
L'art de voler du chemin déjà parcouru
Entre ses griffes ; si bien qu'il devait bientôt la lâcher
Pour qu'elle puisse nager dans l'air.
Voyant enfin sa pensée obstinée
L'Aigle, et inutile toute raison avec elle,
Dit : donc, si tu désires tant
Tenter l'œuvre, que la nature t'interdit,
Utilise autant que tu peux les mains et les pieds,
Puisque tu n'as pas de plumes pour un tel métier ;
Il conviendra que tu te montres adroite,
Si tu veux te sauver d'un tel danger.
En disant cela, il libéra instantanément
De ce pied et de celui-là
Les griffes, et la livra au destin.
Ainsi la malheureuse tortue, qui n'a pas
Des ailes légères pour soutenir le poids
De son corps faible, terrestre et lourd,
Se renversa et tomba enfin
Précipitée sur un rocher dur ;
Et écrasée, elle finit sa vie et son vol.
C'est ainsi qu'il arrive à ceux qui dans les grandes entreprises
Veulent se conseiller eux-mêmes ;
Ne faisant pas confiance aux paroles
Des sages qui conseillent pour leur bien.
Mérite tout mal celui qui dédaigne le bon conseil.

Gravures et Illustrations

Francis Barlow - 1704
La tortue et l'aigle par Francis Barlow, source: Les fables d'Ésope et de plusieurs autres excellents mythologistes (1704)

Autres versions de la fable


Esope - La tortue et l'aigle
5ème siècle av J.-C.

Une tortue pria un aigle de lui apprendre à voler. L'aigle lui remontrant qu'elle n'était pas faite pour le vol, loin de là ! elle n'en devint que plus pressante en sa prière. Alors il la prit dans ses serres, l'enleva en l'air, puis la lâcha. La tortue tomba sur des rochers et fut...
Souvent, en voulant rivaliser avec d'autres, en dépit des plus sages conseils, on se fait tort à soi-même.
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Phèdre - L'aigle, la corneille et la tortue
1er siècle

Contre les puissants on n'est jamais assez protégé, nous ne saurions avoir trop de moyens de défense : mais, qu'un méchant leur donne encore des conseils, la force et la malice renversent tout ce qu'elles attaquent. Un Aigle enlevait en l'air une Tortue, qui, cachée sous sa maison d'écaille,...
Contre les puissants on n'est jamais assez protégé, nous ne saurions avoir trop de moyens de défense : mais, qu'un méchant leur donne encore des conseils, la force et la malice renversent tout ce qu'elles attaquent.
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Babrius - La tortue et l'aigle
3ème siècle

La tortue paresseuse disait un jour aux plongeurs du marais, aux mouettes et aux céyx chasseurs : « Que ne m'a-t-on donné aussi des ailes? » Un aigle qui se trouvait là lui dit : « Quelle récompense donneras-tu à l'aigle qui te rendra légère et t'enlèvera dans les airs? Je te donnerai toutes les...
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Avianus - La tortue et l'aigle
5ème siècle

Une fois, une tortue a parlé aux oiseaux à plumes,
si quelqu'un la considérait comme un oiseau sur le sol,
elle tirerait immédiatement sa coquille des sables rouges,
...
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Benserade - Fable 95
17ème siècle

Une Tortue était fière au dernier degré,
Et ramper lui semblait le plus grand des désastres :
Dans les serres de l’Aigle elle se sut bon gré
...
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