E loup buuant à la fourfe de la fon-
'taine, veit vn Aigneau loing de foy,
lequel auffi buuoit au bas du ruiffeau. Il
accourut, & tançoit aigrement le pauuret
de ce qui lui troubloit so eau. l'Aigneau
trembloit, & prioit le loup qu'il pardon-
naft au pauure innocent, lui remontrant
qu'en tat qu'il buuoit bien loing au def-
fous de lui,il ne lui pouuoit troubler fon
eau, & qui plus eft, il n'en auoit point de
volonté feulement. Le loup au contraire
lui crie: Tu parles en vain, méchant. Tu
me fais toufiours empefchemét. Ton pe-
re,ta mere, & toute ta race me font enne-
mis & contraires de toute leur puiffance.
Tu en feras auiourd'hui puni.
Il eft dit par vn vieil prouerbe: Si tu veux
batre le chien, facilement tu trouueras vn bá-
ton. Si le riche ha volonté de nuire, facilement
il trouuera occafion de nuire. Affez ha peché
qui n'ha peu refifter.