I A Mouche auoit debat auec la For-
mis. Elle fe difoit noble, & l'autre vi-
laine. Elle volloit (difoit elle) & l'autre
rampoit par terre. Elle conuerfoit es pa
lais des Rois, & l'autre étoit tout le iour
cachee és cauernes. Elle fe vantoit de fa
vie delicieufe,& come elle n'auoit point
de peine, mais viuoit en repos & oyfiue
té. Au contraire la Formis fe difoit n'e
tre point vilaine, mais qu'elle fe conten
toit defa race:mais q la moufche étoit in-
conftante & vagabonde,& elle étoit fta-
ble & ferme, que les grains & fontaines
lui eftoient d'auffi bon gouft, qu'à la
Mouche ſes parez & vins delicieux. Et
que tout ce bien lui auenoit par trauail
hōnefte, & non par pareffe infame. Da-
uantage elle fe difoit ioyeufe & affeu-
rée,amiable à tous, & finalement exem-
ple d'honnefte labeur: au contraire, que
la Moufche étoit toufiours en doute,tou-
fiours en danger, ennemie de tous, & fi-
nalement exemple de pareffe. Auec ce
qu'elle fe fouuenant du froid, faifoit fa
prouifion en efté, au contraire que la
Mouche viuoit au iour la iournée, & que
neceffairement il falloit ou qu'elle euft
faim, ou qu'elle mouruſt en yuer.
Lefens.
Plus eft défirable le petit ménage ause con-
tentement & affeurance, que volupté & delices
auec danger & fouci.