LE Chien flattoit fon maitre & tous
'ceux de la maifon,le maitre & les au-
tres l'amignotoyent. l'Afne voyant cecy
foupiroit profondement, & commençoit
à fe facher de fon état miferable, penfant
eftre chofe diraifonnable que le chien
fut agreable à tous, & nourry de la table
de fon feigneur, & qu'il ne receuoit ce
bien, que pour fe iouer & pour fon oy-
fiucté. Et lui au contraire portoit le
bas, eftoit affiduellement fouetté, n'e-
ftoit iamais oyfeux: & toutes-fois il é-
toit deplaifant à tous. Si par adulations
& blandices(difoitil) cecy fe fait,ie veux
vfer de ce métier tant profitable. Quel·
que temps aprés donc le Maitre retour
noit en fa maifon, & mofieur l'Ane vou-
lat effayer fo entreprife,vint au deuãt de
lui, fauta fur fes épaules, & le frappa des
pieds. Le maitre commença à crier. Les
feruiteurs accourent. Le pauure lourdaut
qui penfoit plaifanter fut tresbien frotté
& traité à belles baftonnades.
Le fens.
Nul ne peut toutes chofes & toutes chofes
ne feent pas bien à tous. Que chacun défire,
que chacun entreprenne ce qu'il pourra. Si ta
"nature repugue, ton labeur fera inutile. Tu ne
feras on diras rien malgréton naturel.