Le lion malade

Marie de France - Fable 17
13ème siècle



Voir la fable originale en Vieux Français
Un lion, de mal fort affligé,
Appela ses barons, sans délai convoqués :
Des médecins, voulait qu’on lui présente,
Pour de sa maladie, enfin, le délivrer.
Tous lui dirent, guérir, il ne pourrait,
Sans le cœur d'un cerf, en son sein ingéré.
Ils tinrent conseil, un cerf fut invité,
Mais averti par les siens, il ne s’est point présenté.
À nouveau convoqué, il vint, tout effrayé,
Ils déclarèrent vouloir son cœur, pour le lion soulager.
Entendant leurs mots, le cerf prit la fuite,
Échappant de peu à leur emprise réduite.
Une troisième fois, le cerf fut appelé,
Et venu, fut sans tarder exécuté.
Mais avant qu’il ne fût entièrement dépouillé,
Le renard, rusé, le cœur avait subtilisé,
Mangé, dévoré, loin de leur vue caché.
Quand ils voulurent le cœur exhiber,
Ils constatèrent qu’il avait disparu, évaporé.
Une dispute éclata, qui donc avait osé ?
Celui qui du cœur s’était emparé,
Grande honte avait sur eux tous jeté.
Les bêtes présentes, du renard se méfièrent,
De félonie et méchanceté l’accusèrent :
"C’est lui, dirent-elles, qui le cœur a dévoré."
Le renard fut sommé, du cœur à s'expliquer.
Il jura, par serment, qu’il n’avait rien dérobé.
"Seigneurs, je prouverai que jamais le cœur je n’ai touché.
Je serais moins qu'une bête, on devrait me décapiter,
Si j’avais, contre mon seigneur, commis tel péché.
Devant le roi, allons ! Venez, à mes côtés !
Je me défendrai, qu’il ne puisse me reprocher."
Devant le lion, ils exposèrent le cas,
Du cœur disparu, ils firent le récit, hélas.
Le renard répondit, avec audace :
"Sire, ils tentent d’imposer une fausse trace,
Dans ce pays, un fait jamais vu, effacé.
Quand le cerf fut appelé, à peine échappé,
Si pour une troisième fois il fut présenté,
Sachez que de cœur, il était déjà dépouillé,
Car autrement, jamais n’aurait osé se présenter.
Je serais vil, si contre votre bien, j’avais conspiré."
Le lion reconnut la vérité dans ses mots,
Si un cœur il avait, jamais n’aurait franchi le seuil, illico.
"Laissons le renard en paix s’en aller,
Que de ses maux, il puisse se libérer."
Pour la même raison, quand le fou et le sage s’allient,
Si un partage s’impose, le sage sait se prémunir,
Par ses mots, l’autre il sait duper,
Sa fausseté pour vérité, faire accepter.


Quand le fou et le sage s’allient, si un partage s’impose, le sage sait se prémunir, par ses mots, l’autre il sait duper, sa fausseté pour vérité, faire accepter.

Autres versions de la fable


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5ème siècle av J.-C.

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3ème siècle

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