Un homme et un Satyre

Giovanni Verdizotti - Fable 9
16ème siècle



Voir la fable originale en Italien
Un homme de la ville et un Satyre des bois
Etaient liés par une amitié très étroite,
Mais pas souvent en discussion fréquente :
Pour que leur amour grandisse davantage,
Ils commencèrent même à vivre ensemble.
Et un jour, sortis à la campagne
En la saison du plus froid hiver ;
L'homme, dont les mains étaient si engourdies par le froid,
qu'il pouvait à peine les ressentir,
Essayait souvent de réchauffer avec son souffle
Leur chaleur native presque éteinte.
Et lorsqu'il fût demandé par son compagnon
La raison pour laquelle il faisait ainsi,
Il répondit que par la chaleur, qui sortait
De son souffle par la vertu du coeur,
Il donnait du réconfort à ses mains glacées.
Puis, finalement arrivés à leur logement habituel,
Ils s'assirent à table pour dîner ensemble :
Et d'une grande polenta, tirée du feu
Et mise devant eux à ce moment-là,
Ils commencèrent à nourrir leurs membres fatigués.
Et tandis que chacun mangeait à son aise
Du repas trop chaud qui venait de commencer,
L'homme se mit à souffler pour le refroidir,
Soufflant toujours sur la nourriture insupportable.
Alors à nouveau le Satyre, qui avait appris
Que l'homme pouvait chauffer avec son souffle ce qui lui paraissait froid,
Stupéfait que la nourriture, qui lui semblait bien trop chaude, puisse sembler froide à l'homme,
Il lui demanda encore la raison.
Et l'homme répondit qu'il avait par son souffle
Le pouvoir de refroidir cette nourriture chaude,
Qui était nocive à leur goût avide.
Alors le Satyre, pris de surprise,
Et par un respect sain pour lui
Dit à l'homme avec dédain.
"Frère, puisque je vois sortir de ta bouche
Le chaud et le froid de la même manière,
Je ne veux plus être ton ami ;
Et je me retire immédiatement de ta compagnie.
Par cet exemple, quiconque est sage devrait apprendre
À éviter l'amitié de ceux qui,
Avec un coeur double, et un discours bilingue,
Se montrent à ceux qui conversent avec eux :
Être par nature impies et malveillants,
Ils sont vides d'amour, pauvres de foi ;
Ils ne tiennent pas compte de l'amour d'autrui,
Mais méprisent le bon et le mauvais :
Et à l'occasion semblent amis
Pour tirer un certain profit d'autrui ;
Et ensuite ils laissent leur souvenir au vent ;
Et ils renvoient en échange des insultes et du mépris,
Quand ils ont enfin besoin de leur aide.
Apprécie celui qui te montre toujours de l'amour.

Gravures et Illustrations

Laurent Valle - 1493
L'homme et le satyre par Laurent Valle, source: Fables et Apologues (1493)
Anonyme - 1582
Le Satyre et le Pèlerin par Anonyme, source: Livre Planude (1582)
Francis Barlow - 1704
L'homme et le satyre par Francis Barlow, source: Les fables d'Ésope et de plusieurs autres excellents mythologistes (1704)
Jean-Baptiste Oudry - 1755
Le Satyre et le Passant par Jean-Baptiste Oudry, source: Fables Choisies Mises en Vers Par J. De la Fontaine (1755)
Jean-Jacques Grandville - 1840
Le Satyre et le Passant par Jean-Jacques Grandville, source: Fables de La Fontaine illustrées par JJ Grandville (1840)
Arthur Rackham - 1913
L'homme et le satyre par Arthur Rackham, source: Fables d'Ésope illustrées par Arthur Rackham (1913)
Arthur Rackham - 1913
L'homme et le satyre par Arthur Rackham, source: Fables d'Ésope illustrées par Arthur Rackham (1913)

Autres versions de la fable


Esope - L'homme et le satyre
5ème siècle av J.-C.

Jadis un homme avait fait, dit-on, un pacte d'amitié avec un satyre. L'hiver étant venu et avec lui le froid, l'homme portait ses mains à sa bouche et soufflait dessus. Le satyre lui demanda pourquoi il en usait ainsi. Il répondit qu'il se chauffait les mains à cause du froid. Après, on leur...
Nous devons fuir l'amitié de ceux dont le caractère est ambigu.
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Avianus - Le voyageur et le satyre
5ème siècle

Quand l'hiver austère restait planté avec son gel entassé,
et que tout le champ aride était enrobé par un gel durci,
un voyageur reste coincé face à l'immense poids des nuages :
...
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Planude - Le Satyre et le Pèlerin
14ème siècle

Le Satyre, qui autrefois était réputé comme le dieu des bois et des forêts, eut pitié d'un pauvre Pèlerin qui passait totalement accablé par la neige et transi de froid, et l'emmena dans sa caverne pour le réchauffer. Cependant, le pauvre Pèlerin soufflait dans ses mains. Le Satyre lui demanda la raison de son geste, et le Pèlerin répondit : "Pour réchauffer mes mains."
Ensuite, lorsqu'ils furent assis à table, le Pèlerin soufflait sur son bouillon. Le Satyre, voyant cela, lui demanda pourquoi il faisait cela, et le Pèlerin répondit : "Pour le refroidir."
Alors le Satyre chassa aussitôt son hôte de sa caverne, en disant : "Je ne veux pas dans ma demeure un homme qui a une parole si versatile."
...
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La Fontaine - Le Satyre et le Passant
17ème siècle

Au fond d’un antre sauvage
Un satyre et ses enfants
Allaient manger leur potage,
...
Arrière ceux dont la bouche souffle le chaud et le froid !
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