Le bûcheron et Mercure

Giovanni Verdizotti - Fable 17
16ème siècle



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Un jour, un paysan coupait du bois
Sur la rive d'une rivière courante ;
Et la hache par hasard lui échappa des mains
Et s'enfonça jusqu'au fond de celle-ci :
Alors le pauvre homme pleura amèrement
Sa malchance si bien que cela émut
Mercure, qui généreusement décida
De l'aider immédiatement :
Et en pêchant dans le fond, il remonta à l'air
Une autre hache, qui était entièrement en or ;
Il demanda à celui-ci si c'était la sienne.
Le loyal paysan répondit la vérité,
Que ce n'était pas la sienne : alors Mercure aussitôt
Simula de nouveau de chercher la sienne,
Et en sortit une en fin argent,
Lui demandant encore si c'était celle-là,
Qu'il avait perdue ; et lui niant
Aussitôt la vérité comme il l'avait dit auparavant.
Finalement, sa vraie hache Mercure la sortit
De l'eau, qui était en simple fer :
Et le paysan alors tout joyeux
Affirma que c'était la sienne en fer ;
Et il la prit de lui, avec un visage joyeux
Lui rendant avec des paroles pleines de bonté
De grands remerciements pour une telle faveur.
Mais connaissant bien la grande sincérité de cet homme simple,
Qui n'avait pas son pareil en bonté sur terre,
Celle en argent, ainsi que celle en or
Il les lui donna en cadeau, et le fit partir content.
Mais un jour, le pauvre homme raconta
À plusieurs de ses amis de ce village
La grande fortune qui lui était arrivée,
L'un d'eux, qui était astucieux et sagace,
Essayé avec ruse, s'il pouvait lui aussi
Bien devenir riche, comme celui-ci le devint.
Et déjà venu au même endroit
Pour couper du bois, celui qui était son compagnon
Avait par hasard fait, il fit lui avec art
De laisser tomber alors sa hache
Au milieu du cours des rapides eaux :
Et simula de pleurer avec de grands soupirs,
Et de grands lamentations son sort difficile.
Donc Mercure, qui connaissait la ruse
Du frauduleux, apparut immédiatement
À lui devant ; et feignit aussi avec lui
De vouloir retrouver sa hache,
Et tout de suite en retira une en or des ondes,
Qu'au poids, et à l'œil était de grande valeur,
Demandant au villageois, si c'était la sienne.
Alors celui-ci tout souriant et joyeux
Dès qu'il la vit, avec un esprit de duplicité
Affirma que c'était bien elle, que celle
Celle unique, et aucune autre n'était la sienne ;
La sienne, qui avait juste auparavant échappé de ses mains.
Compris alors Mercure le mensonge
Esprit de ce villageois impudique et effronté,
Celle en or non seulement il ne voulut pas la donner,
Mais ne voulut même pas lui rendre la courtoisie
De la sienne, qui était de fer dans la rivière ;
Et de lui-même il le chassa avec de vils moqueries.
Ainsi le grand Roi du ciel élève souvent
L'homme plein de bonté, et le rend riche ;
Et l'homme mauvais il l'appauvrit, et prend
Plaisir à le maintenir toujours abaissé.
La bonté souvent tire l'homme du malheur ;
Et le mal attire tous les maux en lui.

Gravures et Illustrations

Anonyme - 1582
Le Charpentier par Anonyme, source: Livre Planude (1582)
Jean-Baptiste Oudry - 1755
Le Bûcheron et Mercure par Jean-Baptiste Oudry, source: Fables Choisies Mises en Vers Par J. De la Fontaine (1755)
Jean-Jacques Grandville - 1840
Le Bûcheron et Mercure par Jean-Jacques Grandville, source: Fables de La Fontaine illustrées par JJ Grandville (1840)
Gustave Doré - 1867
Le Bûcheron et Mercure par Gustave Doré, source: Fables de La Fontaine avec les dessins de Gustave Doré (1867)

Autres versions de la fable


Esope - Le bûcheron et Hermès
5ème siècle av J.-C.

Un homme qui coupait du bois au bord d'une rivière avait perdu sa cognée. Aussi, ne sachant que faire, il s'était assis sur la berge et pleurait. Hermès, ayant appris la cause de sa tristesse, le prit en pitié ; il plongea dans la rivière, en rapporta une cognée d'or et lui demanda si c'était...
Autant la divinité est favorable aux honnêtes gens, autant elle est hostile aux malhonnêtes.
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Planude - Le Charpentier
14ème siècle

Un Charpentier dévoué au Dieu Mercure, coupait du bois près d'une rivière, et sa hache tomba par accident dans l'eau. Étant très contrarié de sa perte, il s'assit sur le bord de l'eau en se lamentant. Mercure, ému de compassion, lui apparut et lui demanda la raison de son chagrin. Après l'avoir...
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Benserade - Fable 91
17ème siècle

Mercure au Charpentier qui perdit sa cognée
En offrit d’or, d’argent, ou de fer à son choix :
Il s’en tint à la sienne, et les eut toutes trois.
...
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La Fontaine - Le Bûcheron et Mercure
17ème siècle

Votre goût a servi de règle à mon ouvrage :
J’ai tenté les moyens d’acquérir son suffrage.
Vous voulez qu’on évite un soin trop curieux,
...
Ne point mentir, être content du sien, c’est le plus sûr : cependant on s’occupe à dire faux pour attraper du bien.
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