LE Lyon deuint malade. Tous les ani-
✓maux le vifitoyent & confoloyent,
Le feul Renard faifoit difficulté de l'al-
ler voir. Le lyon lui enuoya yn meffa- 3
gier auec vne letrre, par laquelle il lui
mandoit que le plus grád plaifir qu'il lui
pourroit faire, feroit de le venir voir: &
que fa prefence feule luy feroit plus ag
greable que de tous autres. Il difoit d'a-
uatage il ne falloit point qu'il eut peur.
Premierement que le Lyon & le Renard
étoyent amis de toute ancienneté: &
pour cette caufe defiroit il grandement
de parler à lui. Puis apres qu'il étoit ma-
lade & couché au lit, que quand il lui
voudroit nuyre (ce qu'il ne vouloit point.
toutes-fois il ne pourroit. Le Renard lui
récriuit qu'il defiroit bonne fanté au Ly-
on, & pourtant il prieroit les Dieux. Au
demeurant qu'il ne l'yroit point voir: car
(difoit-il)ie fuis tout effrayé de la trace.
des beftes qui te font allé voir. Puis qu'il
n'y en ha pas vne retournee en artiere, &
que toutes regardent ta cauerne, cela me
fait dire que beaucoup de beftes y font
entrees.
Le fens.
Garde bien d'adiouter foy aux parolles. Si
tu ne te donnes gardes, tu feras fouuent from-
pé. On doit prendre coniecture tant par les
parolles, que par le fait.Mais fur le fait fenle-
ment on doit affeoir iugement.