Pallas et Jupiter

Giovanni Verdizotti - Fable 42
16ème siècle



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Il fut un temps où chacun des immortels Dieux
Choisit un arbre à son gré
Pour avoir comme propre emblème sous sa protection.
Ainsi Jupiter choisit le Chêne ;
Vénus le Myrte ; le Dieu de la mer le Pin ;
Apollon le Laurier ; et le sublime Peuplier
Céda en gloire à la renommée d'Hercule.
Voyant cela, la sage Pallas
Resta un moment étonnée,
Que ce choix soit tombé
Sur des plantes inutiles et vaines,
Alors que chacun savait que la Terre avait une immense quantité
D'arbres fruitiers,
Pour en faire facilement un choix utile :
Et demandant humblement au père suprême Jupiter
La raison de cela,
Elle eut enfin de lui cette réponse.
La raison, fille, qui nous a tous poussés
A choisir une plante inutile,
Fut certes une considération raisonnable,
Que le monde ne pense jamais,
Que pour l'utilité vulgaire de son fruit
Quelqu'un d'entre nous a vendu son propre honneur,
Ainsi le nom divin resterait infâme.
Ayant entendu cela, la généreuse Déesse
Pour donner une réponse digne de sa sagesse
Délie ainsi sa langue.
Que chacun prenne, ô père suprême,
Des dieux immortels ce qui lui plaît le plus
Emblème inutile de son prestige,
Quant à moi, qui jouis toujours et aime
L'honneur conjoint à l'utilité,
Je choisirai le précieux olivier,
Dont je veux être la protectrice amie.
Alors le père Jupiter embrasse sa courageuse fille
Et dit tout joyeux.
Ô digne fille de Jupiter ton père,
Tu montres bien par ton discours avisé et sage,
Et par le jugement de ton sublime esprit,
Que tu ne sors pas du ventre d'une femme vile,
Mais de ma divine tête.
Ainsi tu seras par les siècles futurs
Justement appelée toujours sage :
Car en vérité, cette gloire est vaine,
Qui est toujours loin de l'utile.
Le véritable honneur n'est pas celui qui fait du tort.