L'âne, le singe et la taupe

Giovanni Verdizotti - Fable 92
16ème siècle



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L’ÂNE se plaignait de ce que son front large
N'était pas, comme celui du Bœuf, armé de cornes ;
Ni le Singe ne faisait moindre lamentation
De ne pas avoir de queue pour couvrir
Les parties que la modestie a coutume de cacher.
Ainsi, ayant entendu la Taupe aveugle
La plainte de l'un et l'autre, et leur grand chagrin
Elle se tourna vers eux, et dit ces mots :
Ah, pourquoi faites-vous tant de plaintes en vain,
Vous qui êtes néanmoins heureux en cela ?
Si vous me voyez, qui exclue de la lumière bien-aimée
Vit malheureuse dans une nuit éternelle,
Privée du plus grand bien qui soit au monde,
Restez-vous en paix sans rien à reprocher?
Donc celui qui se croit misérable,
Qu'il reste ferme et fort dans ses souffrances ;
Et dans la volonté de Dieu qu'il paie son sort
Du plus grand malheur qu'il voit chez les autres.
Le plus grand mal d'autrui est un réconfort pour le sien.