L'âne

Giovanni Verdizotti - Fable 81
16ème siècle



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Un mulet autrefois, qui s'était bien nourri
d'abondante nourriture, et se réjouissait gaiement
de tout, et lascivement appréciait un doux loisir joyeux,
entra follement dans une pensée si arrogante,
qu'il se dit à lui-même: Quel animal plus fort que moi
vit maintenant sur terre? j'étais déjà le fils
d'un puissant coursier, qui avec sa selle
d'argent, et ses rênes ornées d'or
battait tout autre en vitesse de course,
et renversait les hommes armés en guerre:
et pour cela, je dois être le même.
Puis il arriva qu'il fallut en courant
un certain espace d'un long chemin
faire un voyage malgré lui en hâte:
et au début, il commença fièrement
à courir rapidement comme s'il avait des ailes:
mais il ne finit pas aussi vite à un jet d'arc,
ou un peu plus loin courant la course,
qu'il se sentit fatigué avec tant de peine,
qu'il dut s'arrêter, et reprendre son souffle.
Alors, dans un tel état, il se souvint
d'être également le fils de l'ânesse,
animal lâche, et plein de lenteur.
Ainsi, l'homme dans la prospérité
devient arrogant, et ne reconnaît jamais
la faiblesse de sa vaine valeur :
mais, s'il arrive par malheur qu'il tombe,
il reconnaît malgré lui, et ressent
ne pas être ce qu'il pensait être au début.
La bonne fortune rend tout cœur vil fort.

Gravures et Illustrations

Jean-Baptiste Oudry - 1755
Le Mulet se vantant de sa généalogie par Jean-Baptiste Oudry, source: Fables Choisies Mises en Vers Par J. De la Fontaine (1755)
Jean-Jacques Grandville - 1840
Le Mulet se vantant de sa généalogie par Jean-Jacques Grandville, source: Fables de La Fontaine illustrées par JJ Grandville (1840)

Autres versions de la fable


Esope - La mule
5ème siècle av J.-C.

Une mule engraissée d'orge se mit à gambader, se disant à elle-même : « J'ai pour père un cheval rapide à la course, et moi je lui ressemble de tout point. » Mais un jour l'occasion vint où la mule se vit forcée de courir. La course terminée, elle se renfrogna et se souvint soudain de son père...
Même si les circonstances mettent un homme en vue, il ne doit pas oublier son origine ; car cette vie n'est qu'incertitude.
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Babrius - Le mulet
3ème siècle

Un mulet, nourri sans rien faire à un bon râtelier, et bien repu d'orge, courait de côté et d'autre et criait en agitant sa tête : « Une cavale est ma mère; je ne suis pas moins qu'elle rapide à la course. » Quand tout à coup il s'arrêta l'oreille basse: son père l'âne lui revenait en mémoire.
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Benserade - Fable 171
17ème siècle

Une Mule étant grasse, et faisant bonne chère,
Se vantait qu’elle était la fille d’un Cheval ;
Mais quand elle fut maigre, et qu’on la traita mal,
...
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La Fontaine - Le Mulet se vantant de sa généalogie
17ème siècle

Le mulet d’un prélat se piquait de noblesse,
Et ne parlait incessamment
Que de sa mère la jument,
...
Le malheur est bon à mettre un sot à la raison.
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