Sope donc fuiuoit Xáthus allant en
fa maifon. Or aduint qu'en la grande
chaleur du iour Xathus retiroit fa robbe
& piffoit en marchant. Ce que voyant
Efope luy prenant fa robbe par derriere,
le tira à foy & luy dit:vents moy tout in-
continent, pource que ie m'en fuiray. Er
Xanthus demanda: Pourquoy? Pource
(dit il)que ic ne pourrove feruir à vn tel
maitre: car fi toy qui es mon maitre,&.
qui ne crains perfonne, ne donnes point
relache à ta nature, ains piffes en allant:
s'il aduient que moyqui fuis to ferviteur,
foys enuoyé à quelque affaire, & qu'en
cheminant nature me contreigne à cho-
fesfemblables, il me fera du tout force
de chier en volant. Adonc Xanthus dit:
Geey te trouble it? Pour euiter♥ trois
maux ie piffe en allant. Quelz maux? dit
Efope. Si ie fufle arrefté le Soleil m'euft
bruflé la tefte,puis aprés la Terre efchauf
fée m'euft bruflé les piedz, auec ce la ve-
heméte fenteur de l'vrine m'eut bleffé le
cerueau. Et Efope luy dit:Ie fuis côtét de
tarefpóce.Or apres qu'ilz furent arriués
en la maiso,Xath' cómada à Elope qu'il
s'arrétaft à l'entrée, pource qu'il fauoit
que fa femme eftoit mignonme & propre
& pourtat ne faloit il pas que tout inco-
tinent il prefentaft ce moftre à fa femme,
auat que parler à nul autre, il entra en fa
maison, & luy dit ainfi. Dame tu ne me
reprocheras plus le feruice que me font
tes chambrieres::car ie t'ay acheté vn cố-
paignon, en qui tu verras vņe beauté ex-
cellente,& telle que iamais tu ne veis, le-
quel efticy deuant la porte. Les feruan-
tes péfans eftre vray ce que leur maiftre
auoit dit, elles debatoient entre elles grã-
dement à qui feroit efpoux ce beau nou-
ueau feruiteur. Ce pendant la femme de
Xanthus commandoit qu'on appellaft le
galand, & qu'on le fit entrer dedans, lors
I'vne des chambrieres accourut plus toft
que les autres, eftimant par telle charge
déia tenir les arres de fon mariage, & ap-
pella le nouueau feruiteur. Et quád l'au-
tre luy eut dit:me voici, c'eft moy: la fer-
uante toute eftonnée luy demanda: Es tu
:celuy qu'on appelle? Efope dit: Ouy cer
tes ce fuis ie. La chambriere luy dit: Tour
beau mon amy, n'entre point en la mai-
fon fi tu me crois, autrement ils s'enfuy-
ront tous. Vne autre toutes fois fortit a-
pres, & le regardant dit: Que ton vilage
premierement foit decouppé, & puis tu
entreras, mais ne t'aproche poît de moy.
Apres qu'il fut entré il s'arrefta deuant
fa maitreffe,qui, quand elle le veit, dé-
tourna fa face arriere de luy, difant à fon
mary: D'ou m'as tu amené ce monftre?
Ofte le de deuant moy. Et Xanthus dit:
Contente toy, Dame, ne te moqué point
de mon nouueau ferviteur. Elle luy dit.
Il femble que tu m'as en dedain, & que
tu veux auoir vne autre femme, & para-
uéture quand tu as honte de me dire que
ie forte de ta maiſon, tu m'as aporté cefte
belle tefte de chien,à fin que ie me fafche
de fon feruice, & que ie m'en aille. Pour-
ce donne moy mon douaire & l'argent
de mon mariage, & lors ie m'en iray. A-
donc Xanthus reprenoit Efope de ce
qu'en chemin il luy auoit tant facecieu-
fement parlé de fon vrine, & maintenant
il ne refpondoit rien à fa femme. A quoy
Efope refpondit : lette le en vn gouffre.
Xanthus dit: Tay toy mefchant. Ne fais
tu pas que ie l'ayme comme moymefme?
Elope dit: Aimes tu ta femme? Ét l'autre
dit: Pourquoy non, mefchant banny ? le
l'aime voirement,& l'aime bien. Lors E-
fope frapant du pied cria hautement.
Xanthus fe laiffe gouuerner à fa femine-
Et fe tournant deuers fa maitreffe, luy
dit: Dame, voudrois tu que ton Philofo-
phe t'euft acheté vn ieune feruiteur, de
bonne contenance, de force: de bonne
grace pour te contépler nüe en ton bain,
& pour fe iouer auec toy au deshonneur
de ton Philofophe ? O Euripides ie vou-
drois auoir ta bouche d'or pour dire ce-
cy. Grande eft l'impetuofité des va-
gues marines. Grande eft celle des fleu-
ues. Merueilleufe eft l'ardeur du feu
chaut. C'eft vne choſe dure à fuporter
que pouureté. Il y ha d'autres chofes in-
finies lefquelles font difficiles. Toutes-
fois il n'y ha rien fi fafcheux que la fem-
me mauuaiſe. Mais toy( ma dame)qui es
femme d'vn Philofophe, ne defire point
le feruice des feraiteurs mignons & plai-
fans, de peur que tu ne face tort aucune-
ment à ton mari. La femme oyant ceci,&
n'y pouuant rien contredire: mon marġ
(dit elle) ou as tu pefché cette belle beau...
té? Ce babillard, ce malotru & contre-
fait, femble eftre plaifant & facecieux.le
feray done mon apointement auec luy
Lors Xanthus dit: Efope, ta maitreffe
veut eftra remife é grace auec toy, Efope
parlant par faintife refpondit: C'eft grād
chofe que d'apaifer vne femme. Et Xan.
thus lui dit: Tai toi deformais: car ie t'ai
acheté pour feruir, & non pour contre-
dire.