Xanthus fait cadeau d’Ésope à sa femme

Maxime Planude - Fable 1.8
14ème siècle



Voir la fable originale en Vieux Français
Ainsi, Ésope suivait Xanthus en allant dans sa maison. Or, il arriva qu'en la grande chaleur du jour, Xanthus retirait sa robe et urinait en marchant. Ce que voyant Ésope, lui prenant sa robe par derrière, le tira à lui et lui dit : retiens-moi tout de suite, car je m'enfuirai. Et Xanthus demanda : Pourquoi? Parce que je ne pourrais servir à un tel maître : car si toi qui es mon maître, et qui ne crains personne, ne donnes point de répit à ta nature, mais urines en marchant; s'il advenait que moi qui suis ton serviteur, sois envoyé à quelque affaire, et qu'en chemin la nature me contraigne à des choses similaires, il me serait tout à fait impossible de retenir mes selles. Alors Xanthus dit : "Tu me trouves-tu dérangeant ? Pour éviter trois maux, j'urine en marchant. "
"Quels maux ?" dit Ésope.
"Si j'étais arrêté, le Soleil m'aurait brûlé la tête, puis après la Terre chauffée m'aurait brûlé les pieds, avec en plus la violente odeur de l'urine qui m'aurait blessé le cerveau."
Et Ésope lui dit : "Je suis convaincu de ta persistance."
Après qu'ils furent arrivés à la maison, Xanthus commanda à Ésope de rester à l'entrée, car il savait que sa femme était capricieuse et propre, et il ne fallait pas qu'à l'instant il lui présentât cette créature à sa femme, avant que de parler à quelqu'un d'autre, il entra dans sa maison, et lui dit ainsi: "Ma dame, vous ne me reprocherez plus le service que me rendent vos femmes de chambre, car je vous ai acheté un compagnon, en qui vous verrez une beauté excellente, et telle que vous n'avez jamais vue, lequel est ici devant la porte."
Les servantes pensant vrai ce que leur maître avait dit, elles débattaient entre elles vivement à qui serait épouse de ce beau nouveau serviteur. Pendant ce temps, la femme de Xanthus ordonna qu'on appelle le galant, et qu'on le fasse entrer à l'intérieur, alors l'une des femmes de chambre accourut plus vite que les autres, pensant ainsi par cette charge déjà détenir les arres de son mariage, et appela le nouveau serviteur. Et quand l'autre lui eut dit : "me voilà, c'est moi",
la servante toute étonnée lui demanda : "Es-tu celui qu'on appelle ?"
Ésope dit : "Oui certes c'est moi."
La femme de chambre lui dit : "Ton beau visage doit d'abord être coupé, et ensuite tu entreras, mais ne t'approche pas de moi."
Après qu'il fut entré, il s'arrêta devant sa maîtresse, qui, quand elle le vit, détourna son visage de lui, disant à son mari : "D'où m'as-tu amené cette créature ? Enlève-la de devant moi."
Et Xanthus dit : "Contentez-vous, Madame, ne vous moquez pas de mon nouveau serviteur."
Elle lui dit : "Il semble que tu te moques de moi, et que tu veux avoir une autre femme, et peut-être quand tu as honte de me dire que je sorte de ta maison, tu m'as apporté cette belle tête de chien, afin que je me fâche de son service, et que je m'en aille. Pour cela, donne-moi ma dot et l'argent de mon mariage, et alors je m'en irai."
Alors Xanthus reprochait à Ésope de ce qu'en chemin il lui avait parlé de son urine de manière plaisante, et maintenant il ne répondait rien à sa femme. A quoi Ésope répondit : "laisse-le en un gouffre."
Xanthus dit : "Tais-toi méchant. Ne sais-tu pas que je l'aime comme moi-même ?"
Ésope dit : "Aimes-tu ta femme ?"
Et l'autre dit : "Pourquoi non, méchant banni ? Je l'aime vraiment, et je l'aime bien."
Alors Ésope frappant du pied cria hautement. "Xanthus se laisse gouverner par sa femme."
Et se tournant vers sa maîtresse, lui dit : "Madame, voudrais-tu que ton Philosophe t'ait acheté un jeune serviteur, de bonne grâce, de force, pour te contempler nue dans ton bain, et pour se jouer avec toi au déshonneur de ton Philosophe ? Ô Euripide, je voudrais avoir ta bouche d'or pour dire ceci. Grande est l'impétuosité des vagues marines. Grande est celle des fleuves. Merveilleuse est l'ardeur du feu chaud. C'est une chose dure à supporter que la pauvreté. Il y a d'autres choses infinies lesquelles sont difficiles. Toutefois, il n'y a rien de si fâcheux que la femme mauvaise. Mais toi (ma dame) qui es femme d'un Philosophe, ne désire point le service des serviteurs mignons et plaisants, de peur que tu ne fasses tort en aucune manière à ton mari."
La femme, entendant ceci, et ne pouvant rien y contredire, : "mon mari" dit-elle "où as-tu pêché cette belle beauté ? Ce bavard, ce rustre et contrefait, semble être plaisant et facétieux. Je ferai donc mon arrangement avec lui."
Alors Xanthus dit : "Ésope, ta maîtresse veut être remise en grâce avec toi,"
Ésope parlant par feinte, répondit : "C'est une grande chose que d'apaiser une femme."
Et Xanthus lui dit : "Tais-toi désormais, car je t'ai acheté pour servir, et non pour contredire."

Gravures et Illustrations

Anonyme - 1582
Xanthus fait cadeau d’Ésope à sa femme par Anonyme, source: Livre Planude (1582)