E iour enfuiuant Xanthus.commanda
à Elope de le fuiure, & le.mena.en vn
iardin pour acheter des herbes. Or apres
que le Jardinier eut amaffé vn faiffeau
herbes : Efope le print. Quand
Xanthus voulut payer le Lardinier, Sei-
gneur(dit le Iardinier)ie veux que tu me
dones la folution d'vne queftion. Quel-
le queftion?dit Xanthus. Pourquoy eft ce
(dit l'autre)que les herbes lefquelles i'ay
plantées combien que ie les cultiue fon-
gneufement, toutes fois elles ne prennent
point leur accroiffement finon que bien
tard? & celles lefquelles la terre produit
de fon bon gré, iaçoit qu'on n'y mette
nulle peine, neantmoins font plus toft a-
uancées? Adonc Xanthus (combié que ce
fut vne question de Philofophe)ne peut
dire autre chofe, finon: Ceci entre autres
chofes eft gouuerné par la prouidence
diuine. Mais Efope qui eftoit là prefent,
fe print à rire. Et fon maiftre lui dit : Ris
tu,ou fi tu te moques?Efope refpondit, Ie
me moque voirement, mais non pas de
toi,ains de celui qui t'ha enfeigné. Car ce
que tu dis, que toutes chofes font gou-
uernées par la diuine prouidence, c'eft la
folution vulgaire des fages gens. Metz
moi done au deuant, & ie lui refoude-
rai fa queftion.Parquoy Xanthus fe tour-
nant vers le Iardinier dit: il n'eft pas bien
fcant(mon ami) que moi qui ay debatu
tant de caufes, & difputé en tant d'affem-
blées, maintenant ie vienne à foudre des
difficultez en vn iardin: mais fi tu propo-
fes à cetui mon garçon qui fait tresbien
les confequences de plufieurs chofes: tu
auras la refolution de ta demande. Lors
le Iardinier dit: ce Turlupin congnoit il
les lettres? O le grand malheur, mais di
moi preud'homme, fais tu la declaration
de ma demande? Eſope lui dit, Quand la
fenime s'eft remariée pour la feconde
fois ayant des enfans de fon premier ma-
ri,fi femblablement elle rencontre vn ſe-
cond mari,ayant des enfans de fa premie-
re femme, elle est bien mere des enfans
qu'elle ha amenez: mais marratre à ceux
lefquels elle ha trouuez au fain de fon
nouucau mari. Elle demontre donc vne
grade difference és vns & aux autres: car
elle aime & perfeuere fongneufement en
la nourriture de ceux lesquels elle ha en-
gédrez: mais elle hait la portec d'autrui,
& vsát d'enuie elle diminüe de leur nour-
riture pour la doner à fes propres enfans:
car elle aime les naturels comme fiens,&
hait ceux de fon mari comme efträgers.
De telle forte eft la terre. Elle eft mere
de ce qu'elle ha engendré: mais elle eft
maratre de ce que tu plantes, pour cette
caufe elle aime mieux, elle nourrit mi-
eux,
elle entretient mieux ce qui eft fien
come chofe legitime: mais elle ne donne
point rất de nourriture aux herbes que
tu plantes, comme fi c'ettoiet herbes ba-
tardes. Le Jardinier etant tout recreé de
cci, Croi moy(dit-il) que tu m'as relcué
d'vn grand ſouci & murmure. Vat'en &
emporte ces herbes pour neant: & tou-
tes & quantesfois que tu en auras affaire
entre en ce iardin comme en ton pròpre
heritage: & y pren des herbes tant que tu
voudras.