Erechef quelque temps apres Xan-
thus couia fes difciples a fouper, &
commanda à Efope qu'il allaft acheter
tout ce qu'il trouueroit de bon & d'ex-
cellent. Il s'en alla & en chemin il difoit
à part foy:le mōtreray à mo maiftre co-
me il ne faut point commader Tottemét."
Apres doc qu'il eut acheté des lagues de
pourceau & leur eut tresbić appareillees
pour fes hoftes, il donna à chacun fa lá
gue rotic auec la fauce. Les difciples
louoyet cette belle entrée, comme viande
propre pour philofophes, par ce que la
langue fert à bien parler. Efope les feruit
encore de langues bouillies,& combien
qu'ils demandaffent d'autres metz &viã-
des, toutesfois il ne les feruoit que de lá
gues. Les difciples fachez d'vne mefme
viande tant de fois feruie, Iufqu'à quand
(difoiét ils) cefferas tu d'aporter des lan
gues (car en mageat tout le iour des lan-
gues,nous auos efcorché les notres.(Xa-
thus tout courroucé lui dift:n as tu autre
chofe Efope:No certes dift Elope. Et Xá
thus dift. Ne t'auois je pas commadé, vi-
lain babouin que tu achetaffes tout ce q
tu trouuerois de bon & excellent? Efopé
répondit, le te remercie grandemet de cé
qu en la prefence des philofophes tu me
reprens, Car qui ha il donc en cette vie
meilleur & plus excellent que la langue?
car toute doctrine, toute philofophie eft
☐ montrée & enfeignée par icelle: par icel
le nous donon's, nous reccuons par icel,
le on demene les caufes on falue l'vn l'au
tre, on prie,par icelle fleurie l'eloquence,
paricelle accomplit on les mariages, on
batit les citez pasicelle les hommes font
gardez Brefparicelle route notre vie co-
Sfte Pasquoy il n'y ha rien meilleur que
la lague: A cefte caufe les difciples difans
qu'Efope auoit tresbien dit, & donans le
tort à Xanthus s'en allerent. *