Niour Xanthus retournant des liVN
eux priuez,demãdoit à Efope: Pour
quoi eft-ce que les hommes regardert
leur ordure apres qu'ils ont purgé leur
ventte? Efope répondit: Au temps paffé il
eftoit vn homme lequel viuant delicieu-
fement,demouroit long temps au retrait
y prenant grand plaifir:en forte qu'étant'
la trop longuement affis, il mit hors fes
entrailles. Depuis ce temps là dóc les au-
tres ŏt eu peur,& pour cette caufe ilz re-
gardent l'ordure de leur ventre, af
que
ilz ne tombent en tel inconuenient. Mais
quant à toy(mon maitre) ne crains point
de perdre ton cœur, car tun'en as point.
Vn jour entre autres Xanthus faifoit vn
Banquet, & eftoit affis auec d'autres Phi-
lofophes: & apres qu'vn chacu eur defia
affez bien beu, on propofoir plufieurs
queftions. Et Xanthus commençoit à fe
troubler.Parquoy Efope eftant aupres de
luy,dit:mo maiftre Bacchus a trois attré-
pemens. Le premier eft de volupté, le fe
cond d'yurongnerie, le troifiefme eft de
parolles outrageufes. Vous doc qui auez
defia affez beu, & eftes tous ioyeux côté
tez vous, & ne touchez pl' au refte. Lors
Xanthus eftat defia yure luy dit. Tay toy
va porter ton confeil aux enfers. Et Efo-
pe dit: Tu feras doc tiré en enfer. Or vn
des difciples voyant que Xantus eftoit à
demy yure,&(à fin que ie die tout ) auoit
perdu l'entendemét,maiftre (dift il)auçun
peutil boire la mer? Et Xathus dift, Quy
bien,car moymefme la boiray. Et fon di
fciple luy dit:Que fi tu le peux faire en
quelle amende veux tueftre codané? Lors
dit Xanthus: Ie gage toute ma maifon. Et
ce pendant ils meirent leurs anneaux pour
gage pour confermer leurs paches: &
puis s'en allerent. Le lendemain au matin
quand Xanthus fut efueillé, & qu'il eut
laué fa face, il ne trouua point, fon anne
au en fon doigt en fe leuant. Il demande
à Efope s'il ne l'auoit point veu. Eſope
refpondit. Iene fçayque tu en as fait. Vne
chofe, fçay-ie bie, que tu n'as pi' de droit
en tamaifon. Lors Xanthus demanda:
Pourquoy? Pource (dit Efope) que quand
tu eftois hier yure; tu fis accord de boire
la mer, & en ceft accord tu as mis ton an-
neau pour gaige. Et Xanthus dit: Qu'elle
chofe ay-ie en ma puiffance plus grande
que la foy? Mais maintenāt ie te prie que
fitu as quelque cognoiffance, quelque
prudence quelque experiece,tu mevueil-
les affifter & aider: a fin que ie puiffe ac-
complit ma promeffe, ou diffoudre nos
paches. Efope répondit: Il eft impoffible
certes que tu acopliffes ta promeffe:mais
ie feray que tu pourras diffoudre ces pa-
ches. Quad vous ferez de rechef auiour-
d'huy affemblez enfemble, ne fay nullé-
ment femblant que tu ayes peur mais dy
hardiment en fobrieté ce que tu as con-
uénu étant yure. Commande donc qu'on
te dreffe vne table & du feurre au riuage
de la mer, & qu'il y ait des garçons tout
prefts pour te verfer à boire l'eau de la
aner. Et quand tu verras que tout le peu-
ple fera affemblé pour voir ce beau fpe-
Stacle, aprés que tu feras affis commande
qu'on te rempliffe d'eau vne taffe, & l'a-
yant prinfe dy tout haut à celui qui ha
les gaiges,à fin que tous les affiftans l'en
tendent. Quelles font nos conuentions?
Et icelui te répondra que tu as accordé de
boire toute la mer. T'adreffant donc à
tout le peuple tu diras ainfi, Hommes de
Samos, vous fauez vous mefmes que plu-
fieurs fleuues entrent en la mer. Quiay
fait feullement accord de boire la mer,
& non pas les riuieres qui entrent dedãs.
Que ceft écolier donc garde de couler
·les eaux des riuieres premierement, &
puis apres ie boiray la mer Xanthus prd-
uoyant que par ceci les paches feroyent
rompues,fut grãdement refiouyi Le peu
ple donc s'affembla au riuage de la mer,
Pour veoir l'iffue de l'entreprinfe de Xa-
thus: & aprés qu'il eut dit & fait ce que
-hui auoit enfeigné Efope, le peuple s'e-
merueilla & le loua grandemet. Lors l'e
¨colier fețiettane aux pieds de Xanthus
confeffoit eftres vaincu,& prioit que les
paches fuffent rompiesice que fit Xan
thus à la requefte du peuple. slob