Ne autre fois Xathus ayant fon E-
fope apres foy, vint aux fepulchres
& lifant les epigrames qui eftoient fur
les tombeaux y prenoit grand plaifir. Or
Efope apperceut en l'vn d'iceux aucunes
lettres grauees. Les lettres eftoyét telles
montra a Xan-
thus,& lui demanda s'il fauoit la fignif
cation de ces lettres. Xanthus (combien
qu'il y penfaft profondement( il ne peut
toutesfois trouuer la declaration & con-
feffa franchement qu'il en doutoit. Adбc
Efope lui dit: Maitre, fi par la coduite de
ce petit pillier ie te moftre vn trefor, co-
mét mé recopenferas tu? Fie toy en moy
(dit Xanthus que tu auras ta liberté & la
moytié de l'or. Lors Efope diftat du mō-
ceau de terre de quatre pas, commença à
fouillier, & troutta le trefor, & le porta à
Xanthus, difant Tien moy ta promeffe:
cari'ays trouué le threfor. EtXanthus luy
dift, Non feray fi ie fuis fage,fi tu ne me
dis le fens de ces lettres: car ce me fera
vne chofe beaucoup plus precieufe de fa
uoir cela, que le trefor trouué. Et Efope
dift Celuy qui a caché en terrece threfor
comme homme fauat il a graué ces let-
tres ci, lefquelles difent: Recedens paffus
quatuor fodiens, inuenies thefaurum aureum.
C'eft à dire, Si tu te recule quatre pas, tu
trouueras en fouillant vn threfor d'or.
Xanthus dift Pource que ton efpriceft fi
vif & plein de cautelles, tu n'auras point
ta liberté. Et Efope dift: Maitre, le rap-
porteray qu'il faut rendre cet or au Roy
de Bizance car il a été icy caché pour
luy Comme le fais tu,dit Xáthus? Par ces
autres lettres.R.R.D.QT.Lefquelles
fignifient ceci: Redde regs dionyfio quem
inuenifli thefaurum. C'eft a dire: Rends au
Roy Dionyfius le threfor que tu as trou-
ué, Xanthus oiat que cétoit l'or du Roy,
dit à Efope, Pren la moitié du trefor& te
tai. Et Efope lui dift: Tune me donnes
point ceci mais celui qui ha icy caché le
trefor. Et qu'ainfi foit, écoute ce que di-
fent les autres lettres (uyuantes. A.E. D.
Q.I.T.A. Lefquelles fignifient ceci:c
ceptum euntes didite, quem inueniftis ; ther
fautum aureum. C'eft à dire: Diuifez entre
vole trefor quevous aurez trouué en vo?
en allant. Adonc Xanthus lui dift: Allons
en la maison, affin q nous partiflios le tre
for, & que tu reçoiues ta liberté. Or apres
qu'ils furet venus en la maifon, Xanthus
craignat le caquet d'Efope, le feit mettre
en prifon. En allatEfope dit: Sot-ce ci les
promelles des Philofophes Non feulle
mét tu me denies ma liberté mais auffi tu
me fais mettre en prifon. Xanthus donc
commanda qu'il fut deliuré, & luy dift:
Certes tu dis bien,affin que quand tu fe-
ras affranchi, tu m'accufes de plus grade:
affection. Lors Efope lui dift: Fay moy
tous les maux que tu pourras faire:fifau
dra il que malgré que tu m'affráchiffes.