EN ce téps là il adaintyrets que pu-
N ce téps là il aduint vne telle cho-
fe en la ville de Samos. Lors que pu-
bliquement on celebroit quelque fefte,
ya aigle volla tout foudain, & arra-
chant l'anneau publicle iettaau fain d'vn
ferf. Parquoy les Lamiens tous étonnez
& contriftez de cette mefaduenture, s'af-
femblerent tous en vn lieu, & prierent
Xanthus,pource qu'il étoit le premier de
la ville, & auec ce, Philofophe:qu'il leur
manifeftaft le iugement de ce figne ter-
rible.Mais Xanthus doutant entieremét,
demanda terme pour y répondre. Etane
donc de retour en fa maifon, il fongeoit,
& étoit merueilleufement trifte,& plon-
ge en fafcherie: par-ce qu'il ne pouuoit
affeoir iugement fur cela. Or Efope voy-
ant la trifteffe de fon maitre, vint à luy,&
lui dift:Pourquoy (feigneur) perfeueres-
tu fi log temps en ta fafcherie? Ne me ce-
le rien, & chaffe cette melécolie dehors.
Donne moy la charge de faire ce que tu
as à faire. Quand tu feras demain venu
en la place publique, di aux habitans:
Meffieurs, le n'ay point aprins de decla-
rer les chofes à venir,ne deuiner les me-
faduentures: mais i'ay vn ruftre en ma
maifon qui fait beaucoup de chofes, il
vous refoudra votre queftion. Or mon
maitre, fi ie viens à bout de la folution,
l'honneur en fera tien, qui as en ton fer-
nice vn tel vallet: finon, le deshonneur
fera à moy feul. Xathus donc le croyant
fe trouua le lendemain en la maifon de
la ville,& étant au milieu de l'affemblee,
felon le confeil d'Efope, il parla aux affi-
ftans,parquoy ils le prient incontinent
qu'il feit venir Efope. Et quand il futve-
nu,
il fe tenoit debout au milieu d'eux.
Les Samiens regardans fa trongne, fe
moquoyent de lui, & difoient: Ce bel
homme icy nous pourra il declarer les fi-
gnes? Que pourrios nous iamais ouit de
bon de ce côtrefait? En cette forte fe m c-
quoyent ils, mais Efope étendat la main,
& ayant impetré filence,dift Homes Sa-
miens, pourquoy vous moquez vous de
ma face? Il ne faut point regarder la face
de l'home,mais fon efprit:car bien fou-
uent nature ha mis en vne laide figure vn
bon entendemét. Confiderez vous la for-
me exterieure des bouteilles? N'auezvo
pas plus toft égard au gouft interieur du
vin? Quad tout le peuple ouit ce que di-
foit Efope,ils lui dirent: Efope,fi tu nous
peux aider, di le nous. Il parla donc ainfi
hardimét: Meffieurs pource que fortune
(laquelle aime diffenfios )ha propofé vn
pris de gloire au feigneur & a fon ferf, fi
le feruiteur eft moindre que le feigneur,
il fera tres-bien battu: que s'il eft trouué
plus excellent, neantmoins il ne lairroit
d'eftre bien frotté auffi. Par ainfi le fei-
gneur ha toufiours victoire, foit à droit
ou à tort, & le feruiteur eft toufiours
foullé. Si en me faifat donner ma liberté
vo mepermettez de parler,ie vous decla-
reray hardiment ce que vous demandez.
Lors le peuple tout d'vn accord crioyt
Xáthus:Done liberté à Efope: Obeï aux
Samiés. Fay ce bié à la cité.Mais Xathus
me s'y vouloit poft accorder. Parquoy le
Preteur luydift, Xanthus, s'il ne te plaift
d'obeir au peuple,des-maintenat i'affra
chiray Efope, & lors il fera pareil à toy.
Adóc Xanthus lui donna fa liberté, & la
trompette de la ville cria. Le Philofophe
Xanthus, done la liberté d'Efope aux Sa-
miens. Et à cett'heure là, la parolle d'E
fope fortit fon effet,quad il dift àXathus
Maugré toy tu me affrachiras. Efope doc
affranchi, étant au milieu du peuple, dift
Meffieurs de Samos, l'Aigle (comme fa
uez)eft le Roy des oifeaux. Or pource
qu'ayant raui l'anneau de l'Empereur il
Tha laiffé choir au fein d'vn feruiteur, ce
la veut fignifier qu'il y ha vn des Rois,
qui font maintenant viuans,qui veut re-
diger votre liberté en feruitude, & caffer
& annullervos loix defia établies & fer
mes. Ceci entédu,les Samiés fe font fort
cótriftez. Or en peu de téps aprés ils re-
ceurét lettres de Crefus Roy des Lydiés,
par lefquelles il leur comádoit que tous
les ans ils lui payaffent tribut, que s'ils ne
luivouloyent obeir,ils s'attendiffent d'a
uoir la guerre. Parquoy ils confultoyen
entr'eux. Car ils craignoyent qu'ils fuf
fét fubiects à Crefus. Toutesfois péfoye
étre chofe vtile & proufitable de deman
der confeil à Efope, Ce qu'ils feirent. E
fope donc leur dift: Quad les principaux
d'entre vous aurot doné fentence, qu'il
faudra paier tribut au Roy Crefus, vous
n'aurez plus befoin de mon confeil: mais
ie vous feray yn recit,par lequel vous fau
rez ce qui vous eft bon de faire. Fortune
nous montre en cette vie deux moyens,
I'vn de liberté, le commencement duquel
eft difficile à attaindre, mais l'iffue eft bel
le & pleine, l'autre de feruitude, le comé
cement duquel eft facile & acceffible, &
la fin laborieufe & fafcheufe. Ceci oui, les
Samiens commencerent à crier, Comme
ainfi foit que nous foyos francs & libres,
nous ne voulons point eftre feruiteurs
pour neat. Parquoy ils renuoyeré l'am-
bafladeur sãs accord de paix. Ce qu ayant
entendu Crefus, il delibera de faire guer-
re aux Samiés. Mais l'ambaffade lui dift,
Tu ne pourras vaincre les Samiens tādis
qu'Efope fera auec eux, & qu'ils befon-
gneront par fon confeil. Or tu feras bien
mieux(ó Roy) fi tu leur enuoyes embaf-
fadeurs, & leur demades Efope, leur pro-
mettant que tu les recopenferas en d'au
tres chofes, & que ta leur donneras rela-
che de ce q tu leur demades. Lors parad-
uenture tu les pourras furmoter. Crefus
le croyant,y enuoya yn ambaffadeur, par
lequel il leur demãdoit Efope. Et les Sa-
miens delibererent de donner Efope. Ce
qu'ayant entendu Efope, vint au milieu
de l'affemblee, & leur dift: Habitans de
Samos, ie n'eftime pas peu de chofe cer-
tes que ie vay feruir aux pieds du Roy
Crefus, mais ie vous veux raconter vne
fable. Au téps que les beftes,parloyết en-
femble, les loups menerent guerre cotre
les brebis. Or les chiés étoyét du coté des
brebis,& chaffoyent les loups. Les loups
leurs enuoyerent ambaffadeurs, & leur
maderent, que fi elles vouloyét viure en
paix, & oter tout foupçon de guerre, el
les leur enuoyaffent les chiés. Les ouail-
les facilemét induites à cette fottife,don-
nerent leurs chiens, parquoy les loups
meirent en pieces les chiens, & facilemét
tuerent les brebis. Les Samiés dốc enten-
dans le fens de la
eux de retenir Efurent entre
il ne le voulut
point, ains il defancra auec l'ambaffa-
deur, & s'en alla au Roy Crefus.