E Renard & le Bouc ayans foif, def,
L. cendirent dedans le puy pour boire
L'auquel quand ils eurent bien beu,le Bouc
regardoit de tous cotezle chemin pour
fortir hors. Le Renard lui dift: Aye bon
cœur, mon ami,car i'ay fongé vn moyen
par lequel nous pourrons fortir tous
deux.Tu te leueras droit de tes deux pre-
'miers pieds, & t'appuiras contre le mur,
& baifferas vn peu tes cornes ioignant le
menton à la poitrine: & moy ie monte-
ray par le long de tes échines fus tes cor-
nes,& ainfi ie fortiray hors, & état échap-
pé,ie te tireray puis aprés. Le Bouc creut
ce confeil,& feit tout ce que fon compa-
gnon lui auoit dit, & par ce moyen le Re-
nard fortit dehors. Adonc pour la grand
ioye qu'il auoit, danfoit en la margelle
du puy,ne fe fouciant nullemet du Bouc.
Au demeurant étant reprins du Bouc cố-
me vn rompeur de foy,il lui dift: Certes
monfieur le Bouc, fi tu auois autant de
fens en l'efprit comme tu has de barbe au
menton, tu ne fuffes point defcendu au
puy, que premierement tu n'euffes dili-
gemment regardé le moyen d'en fortir.
Le fens.
L'homme prudent auant qu'entrer en fon af-
faire, doit diligemment regarder qu'elle en fera
L'iffue.