PLVSIEVRS ont employé leur
temps & eftude à rediger & laif-
fer par efcrit aux fucceffeurs la
nature des chofes humaines; Mais Efope
(come ainfi foit qu'il euft la parfaite co-
gnoiffance des enfeignemens moraux,no
fans infpiratio diuine) femble auoir fur-
monté plufieurs d'iceux de grande diftã-
ce. Car il gaigne fi bien les cœurs des au-
diteurs en les enſeignant entierement par
Fables, & ne determinant en rien, nẹ có-
cluant par raifon, n'y alleguant rien dẹs
hiftoires, felon que le temps le portoit
auant fon aage, que ceux qui font bien
garnis de fens & raifon, auroyent honte
de penfer ou faire ce que les Oyfeaux &
Renardz ne voudroyent ne faire ne pen-
fer:& d'auantage de ne s'employer es cho
fes efquelles il feint plufieurs beftes bru-
tes s'eftre employées fagement en leur
temps: entre lesquelles les vnes ont ef-
chappé plufieurs périls prochains, les au-
tres font venues à leurs attentes: & en
ont receu trefgrand proufit en temps &
lieu. Ceftuy cy donc qui auoit du tout
mis en fa fantafie l'image de la Republi-
que Philofophale, ayant Philofophé plus
par ceuures que par parolles, fut natif
d'v vne ville de Phrygie nommée Ammo-
rion,& furnommée la grande: mais il fut
ferf de condition. Parquoy ce que dict
Platon en Gorgias me femble trefbien &
vrayement dit: volontiers (dit il) la na-
ture & la loy font contraires entre elles.
Car nature auoit donné l'Eſprit libre à
Efope, mais la Loy des Homes auoit mis
fon corps en feruitude. Elle n'a peu tou
tesfois par telle façon luy corrompre la
liberté de fon Eſprit: mais combien que
elle luy tranfportaft le corps en diuers
lieux & affaires, elle n'a peu toutesfois
luy faire remuer l'esprit de fa place.