La naissance d'Esope

Maxime Planude - Fable 1.1
14ème siècle



Voir la fable originale en Vieux Français
Plusieurs ont employé leur temps et leur étude à rédiger et laisser par écrit à ceux qui suivront la nature des choses humaines ; mais Ésope (qui eût la parfaite connaissance des enseignements moraux, non sans inspiration divine) semble avoir surpassé plusieurs de ces autres auteurs d'une grande distance. Car il gagne si bien les cœurs des auditeurs en les enseignant seulement par des Fables, et ne les déterminant en rien, ne concluant rien par raison, n'y n'alléguant rien des histoires, comme on le faisait avant et à cette époque. Ainsi ceux qui sont bien garnis de sens et raison, auraient honte de penser ou faire ce que les Oiseaux et Renards ne voudraient ni faire ni penser ; et d'avantage s'employer en des choses pour lesquelles il semble que plusieurs bêtes sauvages se sont employées sagement en leur temps : parmi lesquelles les unes ont échappé à plusieurs périls qui les menaçaient, et les autres sont venues à leurs attentes : et en ont reçu très grand profit en temps et lieu.
Celui-ci donc qui avait mis de tout en sa fantaisie l'image de la République Philosophale, ayant philosophé plus par œuvres que par paroles, fut natif d'une ville de Phrygie nommée Ammorion, et surnommée la grande ; mais il fut serf de condition. Par quoi ce que dit Platon en Gorgias me semble très bien et vrai quand il dit : "volontiers la nature et la loi sont contraires entre elles". Car la nature avait donné l'Esprit libre à Ésope, mais la Loi des Hommes avait mis son corps en servitude. Elle n'a pu toutefois d'aucune manière lui corrompre la liberté de son Esprit : et même en transportant son corps en divers lieux et affaires, elle n'a pu toutefois le faire changer d'esprit.

Gravures et Illustrations

Anonyme - 1582
La naissance d'Esope par Anonyme, source: Livre Planude (1582)