E iour enfuyuant apres que fon Sei-
gneur fut retourné en la ville, lors
qu'il trauailloit felon qu'il luy eftoit cő-
mandé, les facrificateurs de Diane, ou
d'autres voyageurs eftans fouruoyez de
'leur chemin, & ayans rencontré Eſope,
luy demanderent & prierent de par l'ho-
spitalier Iuppiter, qu'il leur montraſt le
chemin pour aller en la ville. Lors il les
fit feoir tout premieremét à l'vmbre d'vn
arbre,puis aprefta vn petit banquet,& les
ayant feftoyez en cefte forte, les commé-
ça à conuoyer & montrer le chemin, le-
quel ils demandoyent.Iceux donc fe fen-
tans grandement obligez à Efope tant
pour fon hofpitalité que pour fa condui-
te,leuerent les mains au ciel:& auec prie-
res remercierent leur bienfaiteur. Mais
Efope apres fon retour commença à dor-
mir à caufe du travail continuel & de la
chaleur: & en dormant luy fembloit ad-
uis que fortune luy.affiftoit, qu'elle luy
deflyoit la langue, & donnoit cours à fa
parolle, & la grace de bien parler, auec
ce la doctrine qu'on dit la doctrine des
- Fables. Et incontinent qu'il fut efueillé
il dit; Ohé! comme l'ay dormy douce-
ment? Mais auffi i'ay fongé vn gracieux
fonge. Voycy ie parle ayfement, & tout
ce que ie veux nommer ie le nomme fa-
cilement, & appelle par leurs noms vp
boeuf,vn afne, vn rafteau: vrayemět i'en-
tens d'ou m'eft venu ce bien. Pource que
l'ay efté debonnaire enuers les eftragiers,
quelque bon Dieu m'ha efté propice. Vn
bienfait donc eft plein de bonne efperan-
ce.Ainfi donc Efope tout efiouy de cefte
belle aduanture, commença de rechef à
trauailler.