R ils arriuerent en Lydie. Le Roy
voyant ce beau tronc deuat foy, fe
courrouça, difant: Voyez comme ce petit
home m'a empéché de fubiuguer vne fi
grade Ile. Lors Efope dift, Roy trefpuif-
fant,ie ne fuis poít venu vers toy par for-
ce'ne par contrainte ou neceffité: mais ie
fuis icy de mo bo gré.le te prie,permets
vn peu que ie parle à toy. Il étoit vn ho-
me qui prenant & tuant des fauterel-
les, print auffi vne Cigalle, & quant il la
vouloit tuer, la Cigalle dift: Ne me tue
poít fans caufe, car ie ne fay nul dõmage
aux bles, & ne fay tort en chofe que ce
foit: mais feulemét ie rends vn fon plai-
fant de mes aefles deliéeedonnát réiou-
iffance aux paffans. Tu ne trouueras dốc
rien en moy que le chant. Ceci dit, l'hō-
me lui dona congé. Et moy auffi(o Roy
magnanime) ie ne peux attaindre plus
haus qu'à tes pieds.Ne me tue point fans
caufe,car ie ne peux faire dommage à au-
trui: mais en ce laid corps ie parle fran-
chement. Le Roy oyant ainfi parler Efo-
pe, non feulemét s'efmerueilla,mais aufli
en eut compaffion:& lui dift: Tun'as pas
ta vie fauue de par moy,mais par la diui-
ne deftinée. Parquoy demade ce q tu vou
dras, & tu l'auras. Et Efope lui dift: Sire,
fay appointement auec les Samiens: Ce
que le Roy luy accorda. Et Efope fe iettat
à fes piéds le remercia tres-humblement.