XAnthus oyant ceci,& ne defirant rie
plus que de trouuer occafion pour
battre fon lourdaut, Banni (dict)il pource
que tu as appellé mo ami curieux, amei-
ne moi & me motre vn home fans fou
ci. Elope donc étant le lendemain forti
en la place & regardant tous les paffans,
ilen vid vn qui étoit affis de long temps
en vn certain lieu, lequel il iugea felő fa
fantafie fimple &isas fouci, & s'aprochat
lui dift: Homme, mon maitre te femond
à difner auec lui. Ce païfant ne s'enque-
rant de rien,ne demandant qui étoit ce-
luy qui l'inuitoit, il entra en la maifon de
Xáthus, & auec les fouliers ordsẞ falles
fe mit à table. Xátkus demanda. Qui eft
cetui-ci C'eft l'homme fans fouci, dift
Efope. Lors Xanthus dift à l'oreille à fa
féme. Fai ce que ie te dirai,&obeï moy vn
-peu, à fin que ie trouue iufte occafion
pour bien froter Efope,puis apres il dift
a haute voix: Dame,mets de l'eau au baf-
fin,& laue les pieds de notre hofte. Or
penfoit il en foimefme que le ruftique ne
voudroir pour rien accepter ce feruice, &
que par ce moien Efope deuft eftre bien
batu, pource que l'autre feroit trouué cu
rieux. La dame donc aiant mis de l'eau an
baffin, alloit pour lauer les pieds de fon
hofte. Mais le pauure fimple fachant que
c'étoit la maitreffe de la maifon,il parloit
ainfi en foimefme. Elle me veut faire ho
neur,pour cette caufe elle veut lauer mes
pieds de fes propres mains, iaçoit qu'elle
puifle commader cela à fes chambrieres.
Apres donc qu'il eut étendu fes pieds,la
dame lui dit lane toy, & il fe laua, puis il
fe mit à table. Etant affisianthus com
manda qu'on donaft à boireja fon hofte.
L'autre penfant encore ainfi à part foy,
C'est bien raifon qu'ils foient feruis les
premiers, mais puis qu'ils le veulet ainfi,
il ne faut point que ie m'enquiere, daua
tagelil beut. Or en difnant on lui aporta
de quelque viande, & en mangea de bon
appetit.Xanthus blamoit foncurfinier de
ce qu'il auoit mal appareillé cette viande,
& pourtant le fit defpouiller toutou,& le
frota tresbien. Et ce bon home difoit en
foimefme. La viande certes eft bien cuite
& apreftee, & ne lui faut rien qu'elle ne
foit appareillee ainfi qu'il appartiet. Mais
fi le pere de famille veut fans cauſe ba-
efon feruiteur qu'en ay-ie affaire:Xan-
thus étoit marri, & ne prenoit pas bie en
gré de ce qfon hofte n'étoit nullemét cu-
rieux, & ne s'enqueroit de rié. Finalemét
on aporta le gatean. Et ce païfant le ma-
niát & tournant de tous cottez, en man-
gedit comme de pain, comme fi iamais il
n'en cut taté.Oi Xathus fe courrouçant à
ſon bouléger lui dift: Méchat, pourquoy
n'as tu mis du miel & du poiure en ce
gateau?Le bouléger répond: Maitre fi le
gateau n'eft cuit frapemoy,mais s'il n'eft
accoutré comme il doit eftre, donneen le
blame à ma maitreffe. Et Xanthus dift.Si
la faute vient de ma Femme, ie la feray
maintenar brufler toute viue. Lots it fift
de rechef figne à fa femme qu'elle luy
beift à caufe d'Efope: Apres doe qu'il eut
commandé qu'on lui aportaft les fermens
& fagotz enplace il mit le feu au moceau
de bois & tira fa femme aupres du feu, en
forte qu'o croyoit qu'il la voulut mettre
dedás le feu:toutes fois differoit il aucu-
nemét & regardoit de tous coftez le Paï-
fant, fi en aucune forte il fe leueroit poit
pour le deftourner de cefte grande teme-
rité. Mais iceluy péfoit encore en foymef
mé ainfi, Puis qu'il n'a nulle caufe de fe
courroucer, pourquoy fe courrouce il?
Puis il dift: Seigneur fi tu pefes qu'il foir
raifonnable de faire ainfi, attens moy vn
peu,iufques à tant que ie foye alle en ma
maifon, & à mo retour que ie t'aye ame-
né ma Féme:afin que tu les brufles tou-
tes deux enfemble. Xathus oyat ainfi pat
ler ce pitaux, & voyant fon innocence &
boté naturelle s'efmerueilla, & dift aElo-
pe: vrayement voicy vn home fans fouci.
Tu auras le guerdon de ta victoire, Efo-
pe. Contente toy pour l'aduenir. Ortufe-
ras affranchy, & auras ta liberté