Simonide préservé par les dieux

Caius Iulius Phaedrus - Fable 4.23
1er siècle



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J'ai dit plus haut combien les lettres avaient de prix parmi nous autres mortels je vais maintenant parler des honneurs que leur rendent les dieux eux-mêmes. Simonide, le poète que j'ai déjà cité, était convenu d'une certaine somme, pour composer l'éloge d'un athlète vainqueur au pugilat. Il alla rêver dans la solitude; mais le sujet, étroit et resserré, gênant son génie, il usa des licences poétiques, et fit entrer dans son poème les deux astres, fils jumeaux de Léda, pour relever par ce parallèle la gloire de son héros. L'ouvrage fut approuvé, mais le prix réduit au tiers de la somme convenue. Comme il demandait le reste, l'athlète lui répondit : « Demandez-le à ceux qui font les deux tiers du morceau. Au reste, pour me prouver que vous n'êtes pas mécontent, promettez-moi de souper avec moi : je veux avoir aujourd'hui mes parents, et je vous regarde comme du nombre. » Quoique trompé, et blessé d'une telle façon d'agir, Simonide accepta pour ne pas se brouiller tout à fait avec lui. Il vint à l'heure dite et prit place: le repas, égayé par le choc des coupes, était resplendissant, et toute la maison en fête résonnait d'un joyeux tapage. Tout à coup deux jeunes gens tout couverts de sueur et de poussière, à la figure d'une majesté plus qu'humaine, chargent un esclave d dire à Simonide de venir, qu'on l'attend, et qu'il est de son plus grand intérêt de se presser. L'esclave tout ému entraîne Simonide, qui n'a pas plutôt mis le pied hors de la salle, que le plafond s'écroule et écrase tous les convives. Cependant les jeunes gens n'étaient plus à la porte. Dès que l'on apprit cette tragique histoire, on ne douta plus que ce ne fussent les dieux reconnaissants qui étaient venus sauver la vie à leur poète.

Gravures et Illustrations

Jean-Baptiste Oudry - 1755
Simonide préservé par les Dieux par Jean-Baptiste Oudry, source: Fables Choisies Mises en Vers Par J. De la Fontaine (1755)
Jean-Jacques Grandville - 1840
Simonide préservé par les Dieux par Jean-Jacques Grandville, source: Fables de La Fontaine illustrées par JJ Grandville (1840)

Autres versions de la fable


La Fontaine - Simonide préservé par les Dieux
17ème siècle

On ne peut trop louer trois sortes de personnes :
Les dieux, sa maîtresse et son roi.
Malherbe le disait : j’y souscris, quant à moi :
...
On ne peut trop louer trois sortes de personnes : les dieux, sa maîtresse et son roi.
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