Députation des chiens vers Jupiter

Caius Iulius Phaedrus - Fable 4.16
1er siècle



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Un jour, les Chiens envoyèrent une ambassade à Jupiter pour lui demander une condition plus douce, et le prier de les soustraire aux mauvais traitements des hommes; on ne leur donnait que du pain de son, ils devaient assouvir leur faim dans les plus dégoûtantes ordures. Les ambassadeurs partent donc sans se presser, cherchant dans chaque tas de fumier quelque nourriture. Mercure les appelle, mais en vain; enfin ce dieu les va chercher, et les amène tout troublés. Mais dès qu'ils virent la face majestueuse de Jupiter, de frayeur, ils infectèrent toute la cour céleste. Chassés à coups de bâton, ils cherchaient à sortir, lorsque le grand Jupiter défendit qu'on les renvoyât. Les Chiens étonnés du retard de leurs Députés, pensèrent bien qu'ils avaient fait quelque sottise; aussi, peu de temps après, on en choisit de nouveaux. La renommée avait déjà trahi les premiers; et, pour prévenir pareil accident, on leur injecte dans l'anus des parfums, à profusion. Ils reçoivent les pétitions, partent tout de suite. Arrivés, ils demandent audience et l'obtiennent. Alors, le maître de tous les dieux s'assied sur son trône, agite son foudre terrible, et fait trembler l'univers. Les Chiens, surpris par un tel fracas, laissèrent aller parfums et excréments. Tout l'Olympe demanda justice d'un tel affront. Mais avant de condamner, Jupiter parla ainsi : « Un roi ne doit point retenir des Ambassadeurs; cependant il me sera facile de punir cette insulte. Je veux qu'on les laisse aller; mais ils seront tourmentés par la faim, pour qu'à l'avenir ils soient maîtres de leur ventre; recevez ce bienfait pour toute punition. Quant à ceux qui vous ont si sottement députés vers moi, ils souffriront toujours les outrages des hommes. » C'est pourquoi leurs descendants, qui attendent toujours leurs Députés, dès qu'ils voient un nouveau Chien, le flairent au derrière.