Les oiseaux et leur roi

Marie de France - Fable 59
13ème siècle



Voir la fable originale en Vieux Français
Les oiseaux annoncent une assemblée,
Pour regarder et décréter un roi entre eux,
Qui régnera avec foi et loyauté.
Chacun d’eux donna son vote
Pour réaliser cette élection.
Ils étaient tous étonnés
Lorsqu’ils entendirent le cri du coucou :
Ils ne savaient pas quel oiseau c'était,
Mais qu’il criait tout le temps "coucou".
De loin, on l’entend très bien
Car il fait retentir tout le bois.
Ils disaient tous avec stupéfaction
Et affirmèrent avec raison
Que cet oiseau, qui chantait ainsi
Et créait un si grand bruit,
Devait être roi et maître
Pour gouverner un grand empire ;
S'il était aussi courageux et vaillant
Dans ses actions que dans ses chants,
Ils voudraient l'avoir pour seigneur.
Mais ils voulaient d'abord connaître
Son être et son comportement :
C'est pourquoi ils cherchent généralement
Qui devrait aller en tant que messager.
La mésange, qui est très sage
Pour distinguer la vérité,
Est désignée pour faire le voyage.
La mésange vole tout droit
Vers l’arbre où il se trouve ;
Elle se place près de lui,
Et le regarde avec curiosité.
Elle n’apprécie guère sa manière,
Car il lui fait une mauvaise mine.
Elle tente de monter encore plus haut,
Pour mettre son courage à l'épreuve :
Elle saute sur une branche plus haut,
Et le coucou la renverse.
Le coucou ne dit jamais un mot
Et ne lui fait pas une peur semblable.
La mésange s’en va,
Elle insulte le coucou et le critique :
Ils ne feront jamais de lui un seigneur.
Aux autres, elle raconte le déshonneur
Et l'insulte qu'elle a subie :
« Il n’a jamais montré un pire comportement.
Si un grand oiseau le maltraitait,
Il réagirait mal,
Puisqu'il n'ose pas s'opposer à moi,
Qui suis le plus petit des oiseaux.
Choisissez plutôt quelqu'un de vaillant,
Sage et perspicace ;
Un roi doit être très juste,
Droit et fier. »
Ils suivent ce conseil,
Et ayant regardé et vu,
Ils font de l'aigle leur roi ;
Et je peux vous dire pourquoi :
L'aigle a une belle stature,
Il est d’une grande valeur ;
Il est modéré et tempéré :
Si une fois il est bien nourri ;
Il peut bien jeûner après,
Car il ne se gave guère de proies.
Un prince doit se reposer,
Et ne doit pas trop se délecter,
Pour ne pas dégrader lui ou son royaume
Et ne pas chasser les pauvres gens.
Ils l'ont fait comme je vous dis.
Par cet exemple, il nous montre ici
Qu'on ne doit pas faire un seigneur
D'un mauvais homme bavard,
Où il n'y a pas de parole pour lui :
Tel se fait noble par querelle
Et veut menacer et parler
Qui n’a vraiment rien à craindre.


On ne doit pas faire d'un homme mauvais et bavard un seigneur, là où ses paroles ne valent rien : certains se donnent de l'importance par la dispute et veulent menacer et parler, ce qui en réalité, inspire très peu de crainte.