Le riche qu’on saigne

Marie de France - Fable 50
13ème siècle



Voir la fable originale en Vieux Français
D’un docteur je vais conter qui soigna
Un homme riche qu’il surveilla
En une grande maladie.
Puis avait le sang confié
A sa fille, qu’elle le garde
Que rien ne le dégrade ;
Par le sang, dit-il, tu saurais
La maladie que ton père a.
La gamine porta le sang
Dans sa chambre sous un banc.
Mais elle eut un désavantage,
Car tout le sang elle a répandu.
Elle n’osa le dire ni le montrer ;
Ne trouva d'autre conseil à adopter,
Mais elle se fit saigner elle-même
Et son sang laissa refroidir,
Jusqu'à ce que le docteur l’ait vu :
Et par le sang a aperçu
Que celle qui l’avait laissé était malade.
L’homme riche fort s’est étonné,
Car il pensait bien avoir un enfant.
Sa fille il fit venir devant ;
Tant par la pression tant par l’amour,
Il du lui faire avouer la vérité ;
Du sang qu’elle avait répandu
Et que l’autre était le sien.
Ainsi va des trompeurs,
Des voleurs, et des menteurs,
En qui la malice maintient :
Par eux-mêmes sont atteints ;
Quand moins ils se gardent d’être pris,
Ils sont encombrés et occis.


Ainsi va des trompeurs, des voleurs, et des menteurs, en qui la malice maintient : par eux-mêmes sont atteints ; quand moins ils se gardent d’être pris, ils sont encombrés et occis.