Les loups et l’escarbot

Marie de France - Fable 49
13ème siècle



Voir la fable originale en Vieux Français
Je vais vous raconter comment un loup
Dans une fosse se trouva seul.
Par le derrière descendit en lui
Une écharde depuis le tail au ventre.
Le loup bondit, se réveilla ;
Il cria avec grande détresse.
Il gigota et sauta tant
Que l'écharde finit par sortir.
Quand le loup la regarda et la vit,
Il fut pris d'une grande colère.
« Hélas », fit-il, « malheureux, pitoyable,
Qui es-tu pour t'introduire en moi ! »
L'écharde a répondu :
« Certainement », fit-elle, « il est bien connu
Que je m'en sors mieux que toi,
Vu les troubles que tu éprouves.
Appelle ta compagnie
Et ceux qui sont à ton aide,
Et je rassemblerai mon peuple,
Mes amis et mes parents ;
Demain, tenons une bataille !
Au milieu du champ doit se tenir sans faute ! »
Le loup accepta ainsi.
Il envoya des messages à ses partisans.
L'écharde convoqua les mouches ;
Il n'y avait pas un seul reste,
Ni grosse mouche ni bourdon
Ni bonne guêpe ni frelon.
Quand il devint tard,
Le loup voulait enseigner les vents ;
Il leur dit qu'ils avaient besoin de prendre des conseils :
S'il veut se défendre contre eux,
Chacun doit garder son derrière,
Là où ils se dirigent avec de mauvaises intentions.
Le cerf leur dit : « Et nous nous bandons !
Nous nous bouchons de ce côté
Pour qu'ils ne puissent pas y entrer !
Alors nous pourrons rester plus fermes. »
Ils le firent tous ensemble ;
Ils se sont bandés très fermement.
Mais, quand il arriva à l'assemblée,
Une guêpe s'est élevée,
Elle pique le cerf sur les côtés
Et il saute tout effrayé,
Il se met à hurler violemment
Et brise et fend le bandeau.
Le loup dit, qui était proche :
« Messieurs, par Dieu, nous ne devons pas rester ici !
Il nous est très mal advint
Quand les liens sont brisés.
Fuyons vite !
Si nous restons ici pour rien,
Il n'y aura pas un seul parmi nous
Qui n'aura pas trois ou deux dans le derrière. »
Cet exemple nous montre ceux
Qui méprisent les moindres :
Ils les insultent de leurs mots
Quand ils sont en grand besoin d'aide,
Et mieux savent ceux qui aident
Là où le besoin est le plus grand.


Cet exemple nous montre ceux qui méprisent les moindres : ils les insultent de leurs mots quand ils sont en grand besoin d'aide. Mieux savent ceux qui aident là où le besoin est le plus grand.