L’autour et le hibou

Marie de France - Fable 63
13ème siècle



Voir la fable originale en Vieux Français
Parle ici une histoire d'aigle
Avec son nid perché sur la vigie
Et le milan avec lui pour détail
Ils s'aimaient tous les deux sans égale
Dans un même nid, ils couvaient
Et leurs oiseaux, ensemble, ils élevaient.
Mais voilà qu'au cours de l'année
L'aigle pour le milan a pris des os
Pour nourrir leur petit mignon
Puis il est parti chercher de la viande
Comme la nature le commande.
Mais quand il est revenu en ses lieux,
Son nid était tout bouleversé,
Le milan l'avait malmené.
Quand l'aigle fut assis,
Il pleura et blâma ses petits ;
Avec colère, il les réprouva
Pour vingt années d'efforts sans égaux,
Jamais un tel désarroi
Ses oiseaux ne lui avaient causé.
Ceux-ci lui répondirent ensuite
Qu'ils ne devraient pas être blâmés,
Mais lui-même, être pointé :
"C’est toi qui nous a fait frère de milan,
Il était normal qu'il détruit ton plan."
Il leur répondit : "Vous dites vrai.
C'est une chose facile à savoir :
Je pousse l’œuf et je peux le jeter
En couvant et en le réchauffant,
Je ne peux pas changer sa nature.
Maudite soit une telle coutume !"
C'est pourquoi l'on dit souvent pour rimer :
"De la pomme du doux pommier,
Si elle tombe sous le tronc amer,
Elle ne pourra pas assez rouler
Pour cacher quelle saveur elle a héritée.
On peut masquer sa nature, certes,
Mais personne ne peut totalement l'en dissiper."


On peut masquer sa nature, certes, mais personne ne peut totalement la dissiper.