Les Oreilles du Lièvre

Jean de La Fontaine - Fable 5.4
17ème siècle



Un animal cornu blessa de quelques coups
Le lion qui, plein de courroux,
Pour ne plus tomber en la peine,
Bannit des lieux de son domaine
Toute bête portant des cornes à son front.
Chèvres, béliers, taureaux, aussitôt délogèrent ;
Daims et cerfs de climat changèrent :
Chacun à s’en aller fut prompt.
Un lièvre, apercevant l’ombre de ses oreilles,
Craignit que quelque inquisiteur
N’allât interpréter à cornes leur longueur,
Ne les soutînt en tout à des cornes pareilles.
Adieu, voisin grillon, dit-il ; je pars d’ici :
Mes oreilles enfin seraient cornes aussi ;
Et quand je les aurais plus courtes qu’une autruche,
Je craindrais même encor. Le grillon repartit :
Cornes cela ! Vous me prenez pour cruche !
Ce sont oreilles que Dieu fit.
On les fera passer pour cornes,
Dit l’animal craintif, et cornes de licornes.
J’aurai beau protester ; mon dire et mes raisons
Iront aux Petites-Maisons.

Gravures et Illustrations

Jean-Baptiste Oudry - 1755
Les Oreilles du Lièvre par Jean-Baptiste Oudry, source: Fables Choisies Mises en Vers Par J. De la Fontaine (1755)
Jean-Jacques Grandville - 1840
Les Oreilles du Lièvre par Jean-Jacques Grandville, source: Fables de La Fontaine illustrées par JJ Grandville (1840)