L’Oracle et l’Impie

Jean de La Fontaine - Fable 4.19
17ème siècle



Vouloir tromper le ciel, c’est folie à la terre.
Le dédale des cœurs en ses détours n’enserre
Rien qui ne soit d’abord éclairé par les dieux :
Tout ce que l’homme fait, il le fait à leurs yeux,
Même les actions que dans l’ombre il croit faire.
Un païen, qui sentait quelque peu le fagot,
Et qui croyait en Dieu, pour user de ce mot,
Par bénéfice d’inventaire,
Alla consulter Apollon.
Dès qu’il fut en son sanctuaire :
Ce que je tiens, dit-il, est-il en vie ou non ?
Il tenait un moineau, dit-on,
Prêt d’étouffer la pauvre bête,
Ou de la lâcher aussitôt,
Pour mettre Apollon en défaut.
Apollon reconnut ce qu’il avait en tête :
Mort ou vif, lui dit-il, montre-nous ton moineau,
Et ne me tends plus de panneau :
Tu te trouverais mal d’un pareil stratagème.
Je vois de loin ; j’atteins de même.


Vouloir tromper le ciel, c’est folie à la terre.

Gravures et Illustrations

Laurent Valle - 1493
Le fourbe par Laurent Valle, source: Fables et Apologues (1493)
Jean-Baptiste Oudry - 1755
L’Oracle et l’Impie par Jean-Baptiste Oudry, source: Fables Choisies Mises en Vers Par J. De la Fontaine (1755)
Jean-Jacques Grandville - 1840
L’Oracle et l’Impie par Jean-Jacques Grandville, source: Fables de La Fontaine illustrées par JJ Grandville (1840)

Autres versions de la fable


Esope - Le fourbe
5ème siècle av J.-C.

Un fourbe s'était engagé envers quelqu'un à prouver que l'oracle de Delphes était menteur. Au jour fixé, il prit dans sa main un petit moineau, et, le cachant sous son manteau, se rendit au temple. Là, se plaçant en face de l'oracle, il demanda si l'objet qu'il tenait dans sa main était vivant...
La divinité défie toute surprise.
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