Le Cheval très richement bardé et pompeusement accoutré d'une selle dorée, hennissait par les rues. En chemin, il rencontra un Âne chargé, qui lui nuisait et empêchait sa course. Tout enflammé, dire, et rongeant son frein plein d'écume, lui dit : "lourde bête et paresseuse, pourquoi fais-tu empêchement au Cheval ? Recule-toi d'ici, ou je te foulerai aux pieds."
Et de l'autre côté, monsieur l'Âne n'osant ouvrir la gueule pour rechigner, se recula et lui fit place tout bellement. Or, le Cheval employait toute sa force à courir, et si vite il courait, qu'il creva en l'aine. Lors, étant tout inutile à la course et à la montre, fut dépouillé de tous ses beaux ornements, et puis après vendu à un charretier. Le jour suivant, l'Âne vit venir le Cheval traînant son chariot. "Ha compagnon" (dit-il), "quel bel accoutrement est ceci : où est ta selle dorée ? Où sont ces belles bardes ? Où est ce mors si reluisant ? Ainsi fallait-il (mon ami) qu'il advînt à l'orgueilleux."
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