Le paon et le merle

Giovanni Verdizotti - Fable 2
16ème siècle



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Ils s'étaient rassemblés en conseil général
Tous les oiseaux pour élire parmi eux
Un nouveau roi, qui aurait la garde
Des autres, et sur eux dominion et règne.
Ainsi, le Paon faisait beaucoup de bruit
Pour être celui-ci, se fiant beaucoup
A la beauté de ses diverses plumes
De couleur dorée, et mille gemmes teintées :
Et de cela faisant une fière démonstration
Avec un long discours dans ce sénat,
De sorte que toutes les voix commençaient déjà à se rallier
En ses faveurs, satisfaisant tout le monde
Qu'il soit celui qui aurait en leur empire,
Quand parmi les autres se présenta devant lui
Le petit merle aux plumes noires,
Et s'y opposa avec des paroles similaires.
Penses-tu peut-être que le poids du royaume,
Qui importe tant, peut être soutenu
Par l'attrait extérieur du manteau
Plus que par la vertu d'un cœur sage,
Et par les forces d'une poitrine courageuse ?
Que ferais-tu si le superbe
Aigle un jour nous déclarait la guerre ?
Serait-ce puissant, la couronne
De ta belle tête, ou la queue gemmée,
Pour résister à ce roi pour nous tous
Avec son bec crochu, et ses griffes féroces
De sa puissance rare et invaincue ?
Cède, malheureux, cède à un autre le poids
D'un tel grade, qui de toi plus fort
Pourrait plus dignement en sortir gagnant,
Avec la sécurité de nous tous ensemble,
Et de la vie, et de ton propre honneur.
Le Paon ne sut répondre à ces paroles
Et resta tout confus :
Et les autres se mirent à faire une nouvelle élection
D'une autre personne de plus noble mérite.
C'est ainsi qu'il devrait en être pour ceux qui confient
A d'autres le soin du gouvernement humain,
La santé des peuples et des royaumes
Seulement en confiant en main de ceux, qui savent
Et peuvent avec valeur régir autrui,
Et soutenir le poids d'une telle entreprise :
Laissant de côté l'éclat des richesses,
Et toutes les autres grandeurs extérieures,
Qui sont dans ceux, qui sans ingéniosité ou art
Ne savent pas se gouverner eux-mêmes, et pire encore les autres.
Car ainsi au monde enfin on peut régner,
Et la beauté, dont l'âme est habillée,
Doit précéder la beauté du visage,
Qui ne sert à rien sans mérite intérieur.
Doit être celui qui règne, sage et fort.

Gravures et Illustrations

Francis Barlow - 1704
Le paon et le choucas par Francis Barlow, source: Les fables d'Ésope et de plusieurs autres excellents mythologistes (1704)

Autres versions de la fable


Esope - Le paon et le choucas
5ème siècle av J.-C.

Les oiseaux délibéraient sur le choix d'un roi. Le paon prétendit se faire nommer roi à cause de sa beauté, et les oiseaux allaient voter pour lui, quand le choucas s'écria : « Mais si, quand tu règneras, l'aigle nous donne la chasse, quel secours pourrons-nous attendre de toi ? » Cette fable...
Il ne faut pas blâmer ceux qui, prévoyant les périls futurs, prennent leurs précautions à l'avance.
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Benserade - Fable 85
17ème siècle

Le Paon est élu Roi comme un fort bel Oiseau,
La Pie en murmure, et s’irrite
Qu’on ait peu d’égard au mérite :
...
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