Le milan et l'épervier

Giovanni Verdizotti - Fable 22
16ème siècle



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Le Milan et l'Épervier se retrouvèrent ensemble,
Dans une grande dispute, chacun se vantant
Au-dessus de l'autre en termes de prestige et de valeur :
Et ne pouvant pas résoudre une telle dispute
Sans l'avis d'un tiers, ils tombèrent d'accord
Pour faire de l'Aigle leur juge en la matière.
Ainsi, exposant leur argumentation chacun
Devant elle, qui devait trancher le point
De la difficulté née entre eux,
L'Aigle dit : Allez, frères, allez
Me montrer plus clairement ce que vous revendiquez
Par le travail de la valeur qui règne en vous.
Car celui qui, revenant à moi avec une preuve
Plus grande de ses forces et de son rang,
Me donnera moins de signes avec un effet plus digne,
Celui là par mon jugement aura la louange
Et la supériorité, et la valeur.
Ainsi, quittant l'Aigle, chacun se mit en mouvement
Pour ce test, pour ce qui pourrait prouver sa force :
Et après une courte période, ils revinrent à elle,
Chacun montrant à l'Aigle sa proie.
Alors, le Milan montrant avec un grand son
De voix fière une souris qu'il avait attrapée
Au milieu d'un champ de blé coupé ;
Et l'Épervier montrant une Colombe,
Qu'il avait obtenue par force en volant dans le ciel,
L'Aigle dit. Puisque vous m'avez rendue claire
De l'effort douteux, d'où est venue la dispute,
Mon jugement sera que, autant moins
La souris vaut que la Colombe fière,
Autant toi Milan tu vaux moins que l'Epervier
En noblesse et en vertu.
Et autant plus la Colombe vaut plus que la souris
Digne d'honneur, autant toi Épervier
Tu surpasses le Milan en tout honneur et mérite.
Ainsi, le juste Seigneur, qui tient à sa cour
Diverses personnes à son service; doit
Toujours apprécier davantage celui qui montre les plus grands signes
De valeur prouvée par ses actions :
Et non pas celui qui, avec des apparences vaines
De choses extérieures, qui encombrent les yeux,
Cherche à se mettre en avant au détriment de la vertu d'autrui.
Les actions de chacun sont le signe de sa valeur.