E Lion vint pour manger le Cheual.
'Or étant défaifi de toutes fes forces
à caufe de fa vieilleffe: il commença à
fonger vn moyen, comment il viendroit à
chef de fon entrepriſe. Il contrefit le
medecin, & en cette forte entretenoit le
Cheual de long propos. Le Cheual fen-
tant la fraude,fongeoit vne autre fraude.
Il feignit que n'agueres en vn lieu épi-
neux,vne épine lui étoit entrée au pied,
& pria ce gentil medecin qui lui arra-
chaft l'épine, le Lion s'y accorde. Or le
Cheual de toute fa force frappa le Lion
au front, & quant & quant s'en fuit. Le
Lió à grand peine reprenant force ( car il
auoit été prefque tué du coup) i'emporte
(dift-il)le loyer de ma fotife,&le Cheual
eft à bon droit échappé: car il ha vengé la
tromperie par vn autre.
Lefens.
L'ennemy qui apertement fe demonftre enne-
my¸n'est à craindre: mais celui qui combiè qu'il
foit ennemy, toutesfois il feint une amitié, est
à craindre, er digne de haine.