Le poète

Caius Iulius Phaedrus - Fable 4.7
1er siècle



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Censeur malin, toi qui critiques mes écrits, toi qui dédaignes un genre qui te paraît frivole, je te demande un peu de patience; et, pour éclaircir ton front sévère, Ésope vient de chausser le cothurne. Plût aux dieux que jamais la hache thessalienne n'eût abattu les pins de la cime du Pélion! Et que jamais Argus, qui courait avec audace à un trépas certain, n'eût construit, par les conseils de Minerve, ce vaisseau qui, pour la ruine des Grecs et des Barbares, sillonna le premier les flots inhospitaliers du Pont-Euxin! Car la famille du superbe Æétès est plongée dans le deuil, et le royaume de Pélias a succombé aux crimes de Médée. Cette femme artificieuse, cachant adroitement sa cruauté, sème ici les membres de son frère, pour assurer sa fuite, et là égorge Pélias par la main de ses filles. Que t'en semble? Style fade, faits mensongers, diras-tu; car, longtemps auparavant, Minos, sur ses vaisseaux, avait dompté les flots de la mer Égée, et puni un crime d'un juste châtiment. Que puis-je donc pour toi, lecteur qui fais le Caton, si tu n'aimes, ni mes fables, ni mes récits? Épargne, pourtant, un peu plus les auteurs, ou leur plume ne t'épargnera pas. Je le dis pour ces ignorants qui font les délicats, et qui, pour se donner un air de bon goût, critiqueraient le ciel même.


Épargne un peu plus les auteurs, ou leur plume ne t'épargnera pas.