Le voleur et les brebis

Marie de France - Fable 89
13ème siècle



Voir la fable originale en Vieux Français
Voici ce qu'il s'est passé dans un pacage,
il y avait un grand nombre de moutons.
Un bûcheron est allé avec sa femme
au milieu du champ pour jouer ;
il a trouvé les moutons sans gardien,
il en a tué un, et l'a emporté avec lui.
Chaque jour, il revenait au champ,
tuait six moutons et les emportait.
Les moutons étaient très en colère :
entre eux ils se parlèrent et consultèrent
leurs défenses, ils n'en voulaient pas ;
par peur, ils se laissaient prendre,
jamais ils ne se défendaient,
et même pour mourir, ils ne disaient pas un mot.
Ils attendirent le brigand
jusqu'à ce qu'il ne reste qu'un seul mouton.
Quand il se retrouva seul sur le terrain,
il ne put s'empêcher de se plaindre.
« Quelle lâcheté », dit-il, « nous avons fait preuve
et avons cru à de mauvais conseils,
alors que nous formions une grande compagnie,
nous ne nous sommes pas défendus
contre cet homme, qui sans scrupule
nous a tous pris et jetés à la mort. »
C'est pourquoi on dit en guise de reproche :
beaucoup se laissent faire,
ne résistant pas à leurs ennemis
pour ne pas leur causer de tort.


Beaucoup se laissent faire, ne résistant pas à leurs ennemis pour ne pas leur causer de tort.