Le paysan et le choucas

Marie de France - Fable 8
13ème siècle



Voir la fable originale en Vieux Français
D'un vilain conte que vivait
Un choucas qu'il dorlotait ;
Si bien élevé qu'il commença à parler.
Un voisin le tua par la suite.
En justice, il se plaint,
Et raconta de quelle façon
Cet oiseau avait l'habitude de parler
Et de chanter chaque matinée.
Le juge déclara qu'il avait mal agi ;
Il convoqua celui-ci pour plaider.
Il prit une peau de (Cordouan) Cordoban,
Et la plaça sous son manteau ;
Un des côtés pendait dehors,
Pour que le juge entende
Qu'il apportait pour le payer,
Et ainsi l'aider dans son affaire.
Il ouvrit souvent le manteau,
Jusqu'à ce que le juge le choisisse.
Il fit appeler l'autre vilain
Qui était venu se plaindre à lui ;
Il demanda à propos du choucas
Quelle était sa chanson.
Celui-ci répondit qu'il ne savait pas.
"Quand tu", dit-il, "ne savais rien
Et que tu ne comprenais pas ses mots
Et que sa chanson n'était rien,
Tu ne devrais pas avoir de réponse".
Il s'en alla sans sa justice
Pour le loyer que celui-ci a pris soin.
C'est pourquoi aucun prince ni roi
Ne doit confier ses lois et ses ordres
À un aviditif ;
Car sa justice serait perdue.


Aucun prince ni roi ne doit confier ses lois et ses ordres à un homme avide ; car sa justice serait perdue.