La mouche et l’abeille

Marie de France - Fable 33
13ème siècle



Voir la fable originale en Vieux Français
Une mouche et une abeille se disputèrent,
Et ensemble se provoquèrent.
La mouche dit qu'elle était plus valeureuse,
Et qu'elle pouvait se valoriser
Là où l'abeille n'osait se montrer :
Même sur le roi, elle pouvait se poser ;
Et tout ce que l'abeille récoltait
Et ramenait en travaillant,
Lui était volé, elle était tuée
Et de sa maison chassée.
" Moi et mes compagnons mangeons
De ton miel autant que nous le voulons. "
L'abeille répond : " Tu dis vrai,
Mais il est facile de savoir
Que tu es plus vile que je ne suis,
Car partout tu fais désordre.
Où que tu sois, où que tu ailles,
Jamais par ton acte honneur n'auras ;
Moi je suis pour mon travail aimée
Et très chérie et bien gardée. "
Ainsi fait le naturel félon :
Quand il a le bien en abondance,
Vers les meilleurs trop s'élève
Et de paroles s'enrichit,
Par grand dédain les contredit.
Même si quelqu'un lui dit bien
La loyauté de son affaire
En pleine cour, il le fera taire.


Ainsi agit le félon par nature : quand il a le bien-être à sa portée, il se montre trop noble envers les meilleurs et s'enrichit de paroles, les traitant avec grand mépris. Même si quelqu'un lui dit la vérité sur son affaire en pleine cour, il le fera taire.