L’ermite

Marie de France - Fable 102
13ème siècle



Voir la fable originale en Vieux Français
Il est un conte d'un reclus très sage,
Qui avait pour serviteur un vilain à son âge.
Quand le reclus parlait de Dieu au matin,
Le vilain lui demandait, la curiosité en lien,
Pourquoi Adam avait mangé le fruit,
Pourquoi ce peuple fut ainsi détruit,
Et, quand il croqua la pomme en son cœur,
Pourquoi Dieu ne lui accorda-t-il pas son pardon sans rancœur ?
Le reclus souvent se désespérait,
Et une fois réfléchit comment satisfaire le vilain et son préféré.
Il demanda une grande galette,
Sur une table la posa nette ;
Et sous elle, une souris était cachée.
Il défendit au vilain de la toucher ou de regarder en cachette,
Car il alla au monastère,
Prier Dieu, loin des affaires.
Quand il revint et découvrit l'intrigue,
Son serviteur au centre de l'obsession,
Il demanda avec colère et outrage,
Pourquoi la galette avait bougé de sa position.
Le vilain répondit alors,
"Seigneur, je ne pouvais plus ignorer ce trésor,
Ou mon cœur aurait enduré une grande pause,
Ou ma curiosité me forcait à ouvrir cette chose."
Le reclus demande alors avec grande affliction,
"Où donc est passée la souris ? Pourquoi ne l'as-tu pas contrôlée avec discrétion?
Ta gaffe aurait pu être pardonnée."
"Sir," dit le vilain, "elle s'est rapidement échappée."
"Ami," dit le reclus, "Laisse ce sujet désormais !
Ne blâme plus Adam, qui le fruit mangea,
Que le Seigneur lui-même lui concéda.
C'est le diable qui l'a convaincu,
S'ingéniant par sa femme, l'a induit,
A lui promettre un honneur si grand,
Au point qu'il serait l'égal du Créateur triomphant."
Pour cela, personne ne doit accuser,
Ni critiquer ce qu'autrui fait par peur de perdre.
Ni mettre sur une femme le poids du blâme;
Chacun doit apprendre à se corriger lui-même.
Celui qui pense blâmer le fait d'autrui,
Ferait mieux de se reprendre lui-même à l'abri.


Chacun doit apprendre à se corriger lui-même. Celui qui pense blâmer le fait d'autrui, ferait mieux de se reprendre lui-même à l'abri.