Le Cochon, la Chèvre et le Mouton

Jean de La Fontaine - Fable 8.12
17ème siècle



Une chèvre, un mouton, avec un cochon gras,
Montés sur même char, s’en allaient à la foire.
Leur divertissement ne les y portait pas ;
On s’en allait les vendre, à ce que dit l’histoire :
Le charton n’avait pas dessein
De les mener voir Tabarin.
Dom pourceau criait en chemin
Comme s’il avait eu cent bouchers à ses trousses :
C’était une clameur à rendre les gens sourds.
Les autres animaux, créatures plus douces,
Bonnes gens, s’étonnaient qu’il criât au secours ;
Ils ne voyaient nul mal à craindre.
Le charton dit au porc : Qu’as-tu tant à te plaindre ?
Tu nous étourdis tous ; que ne te tiens-tu coi ?
Ces deux personnes-ci, plus honnêtes que toi,
Devraient t’apprendre à vivre, ou du moins à te taire :
Regarde ce mouton ; a-t-il dit un seul mot ?
Il est sage. Il est un sot,
Repartit le cochon ; s’il savait son affaire,
Il crierait, comme moi, du haut du gosier ;
Et cette autre personne honnête
Crierait tout du haut de sa tête.
Ils pensent qu’on les veut seulement décharger,
La chèvre de son lait, le mouton de sa laine :
Je ne sais pas s’ils ont raison ;
Mais quant à moi, qui ne suis bon
Qu’à manger, ma mort est certaine.
Adieu mon toit et ma maison.
Dom pourceau raisonnait en subtil personnage :
Mais que lui servait-il ? Quand le mal est certain,
La plainte ni la peur ne changent le destin ;
Et le moins prévoyant est toujours le plus sage.


Quand le mal est certain, la plainte ni la peur ne changent le destin ; et le moins prévoyant est toujours le plus sage.

Gravures et Illustrations

Jean-Baptiste Oudry - 1755
Le Cochon, la Chèvre et le Mouton par Jean-Baptiste Oudry, source: Fables Choisies Mises en Vers Par J. De la Fontaine (1755)
Jean-Jacques Grandville - 1840
Le Cochon, la Chèvre et le Mouton par Jean-Jacques Grandville, source: Fables de La Fontaine illustrées par JJ Grandville (1840)

Autres versions de la fable


Esope - Le cochon et les moutons
5ème siècle av J.-C.

Un cochon s'étant mêlé à un troupeau de moutons paissait avec eux. Or un jour le berger s'empara de lui ; alors il se mit à crier et à regimber. Comme les moutons le blâmaient de crier et lui disaient : « Nous, il nous empoigne constamment, et nous ne crions pas », il répliqua : « Mais quand il...
Les hommes ont raison de gémir quand ils sont en risque de perdre, non leur argent, mais leur vie.
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