L’Ivrogne et sa femme

Jean de La Fontaine - Fable 3.7
17ème siècle



Chacun a son défaut, où toujours il revient :
Honte ni peur n’y remédie.
Sur ce propos d’un conte il me souvient :
Je ne dis rien que je n’appuie
De quelque exemple. — Un suppôt de Bacchus
Altérait sa santé, son esprit et sa bourse :
Telles gens n’ont pas fait la moitié de leur course
Qu’ils sont au bout de leurs écus.
Un jour que celui-ci, plein du jus de la treille,
Avait laissé ses sens au fond d’une bouteille,
Sa femme l’enferma dans un certain tombeau.
Là, les vapeurs du vin nouveau
Cuvèrent à loisir. À son réveil il treuve
L’attirail de la mort à l’entour de son corps,
Un luminaire, un drap des morts.
Oh ! dit-il, qu’est ceci ? Ma femme est-elle veuve ?
Là-dessus, son épouse, en habit d’Alecton,
Masquée, et de sa voix contrefaisant le ton,
Vient au prétendu mort, approche de sa bière,
Lui présente un chaudeau propre pour Lucifer.
L’époux alors ne doute en aucune manière
Qu’il ne soit citoyen d’enfer.
Quelle personne es-tu ? dit-il à ce fantôme.
La cellérière du royaume
De Satan, reprit-elle ; et je porte à manger
À ceux qu’enclôt la tombe noire.
Le mari repart, sans songer :
Tu ne leur portes point à boire ?


Chacun a son défaut, où toujours il revient : honte ni peur n’y remédie.

Gravures et Illustrations

Jean-Baptiste Oudry - 1755
L’Ivrogne et sa femme par Jean-Baptiste Oudry, source: Fables Choisies Mises en Vers Par J. De la Fontaine (1755)
Jean-Jacques Grandville - 1840
L’Ivrogne et sa femme par Jean-Jacques Grandville, source: Fables de La Fontaine illustrées par JJ Grandville (1840)

Autres versions de la fable


Esope - La femme et l'ivrogne
5ème siècle av J.-C.

Une femme avait un ivrogne pour mari. Pour le défaire de son vice, elle imagina l'artifice que voici. Elle observa le moment où son mari engourdi par l'ivresse était insensible comme un mort, le chargea sur ses épaules, l'emporta au cimetière, le déposa et se retira. Quand elle jugea qu'il avait...
Il ne faut pas s'invétérer dans la mauvaise conduite ; car il vient un moment où, bon gré, mal gré, l'habitude s'impose à l'homme.
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