LE Loup contemploit d'vne haute Ro-
che deux Chiens gardiens de Brebis,
qui s'entrebatoyent, & à grans coups de
dents fe déchiroyent I'vn l'autre. Lors il
concent vn bon espoir en foy, qu'il pour
roit aller affaillir les Brebis, fans aucun
danger. Il vint donc tout viftement au
trouppeau,& rauit vne Brebi bien graffe,
& quant & quant à belle courfe il fe fau-
uoit. Les Chiens lui voyant faire ce beau
ménage,laifferét leur debat priué,& cou
furent aprés le gallad tant qu'ils l'attain-
dirent: & lui donnerent tant de coups,
qu'à grand peine peut il échapper vif.Or
il rencontra en s'en retournant vn fien
compagnon, lequel lui demanda pour-
quoy il auoit tout feul affailli le troup-
peau, ou il y auoit tant de vaillans guer
royeurs. Leur guerre priuée m'ha deceu,
dift-il.
Le fens.
Les inimitiez des étrangers ont efté fouuent
cause de remettre en grace les voisins, qui par a-
want é:oyent en difcord.