Naufrage de Simonide

Caius Iulius Phaedrus - Fable 4.20
1er siècle



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L'homme instruit a toujours avec lui sa fortune. Simonide, auteur de poésies remarquables, pour apporter quelque soulagement à sa pauvreté, parcourut les principales villes d'Asie, chantant moyennant salaire, l'éloge des athlètes vainqueurs. Devenu riche à ce genre de commerce, il voulut revoir sa patrie; il était né, dit-on, dans l'île de Cée. Il s'embarqua; mais le vaisseau, déjà vieux, fut brisé en pleine mer par une horrible tempête. Les naufragés prirent l'argent et ce qu'ils avaient de plus précieux, pour se sauver de la misère. « Et toi, Simonide, dit l'un d'eux, plus curieux que les autres, tu n'emportes point ton argent?
J'ai avec moi toute ma fortune, » répondit-il. Peu d'entre eux se sauvent à la nage, la plupart trop chargés avaient péri dans les flots. Des voleurs surviennent, prennent tout ce que ces malheureux voulaient sauver, et les laissent dépouillés. Par hasard, ils n'étaient pas loin de Clazomène, ville ancienne: ils s'y rendirent. Là, un studieux ami des lettres, qui souvent avait lu les vers de Simonide, était, sans ravoir jamais vu, un de ses plus grands admirateurs. En causant avec lui, il reconnut son poète; il le recueillit avec empressement; et argent, habits, esclaves, il mit tout à sa disposition. Les autres allèrent mendier, portant le tableau de leur naufrage Un jour Simonide les rencontra « Ne vous avais-je pas dit, s'écria-t-il, que j'avais toute ma fortune avec moi : et vous, il ne vous reste rien de tout ce que vous emportiez. »


L'homme instruit a toujours avec lui sa fortune.