Le paysan et son épouse querelleuse

Marie de France - Fable 87
13ème siècle



Voir la fable originale en Vieux Français
Un vilain avait une épouse
Qui sans arrêt se montrait jalouse.
Un jour, ils se sont tous deux promenés
Pour se divertir dans un pré.
Le vilain à sa femme a dit
Qu'il n'a jamais vu avec ses yeux
Un pré fauché aussi joliment.
Elle lui a répondu vivement :
"C'était plutôt par une force tranchée."
Dit le vilain : "Non, par une faux fauchée."
"Mais non", fait la femme, "tondu!"
Le vilain, alors, s'est mis en colère.
"Tu es", dit-il, "une folle avérée :
Cette herbe a été coupée à la faux.
Mais tu es telle une insensée
Que tu insistes encore sur ta prétention ;
Tu veux que ma parole apparaisse moindre,
Pour me nuire avec ta persistance."
Le vilain l'a jetée au sol
Et lui a coupé la langue.
Puis il demande qu'en pense-t-elle,
Ce qu'elle a compris,
Si le pré a été fauché à la faux
Ou si c'est par la force qu’il a été tranché.
La vieille, qui ne peut plus parler,
Avec ses doigts commença à montrer
Que c'était par la force qu'il était tranché
Et que la faux n'y avait pas touché.
Par cet exemple, il veut montrer
- On peut souvent le prouver -
Si un fou prononce une folie
Et qu'un sage lui dit autrement,
Il ne le croit pas, il se fâche plutôt ;
Là où il sait qu'il est le pire,
Il veut mettre sa mensonge en avant ;
Personne ne devrait agir de la sorte.


Si un fou prononce une folie et qu'un sage lui dit autrement, il ne le croit pas, il se fâche plutôt ; là où il sait qu'il est le pire, ll veut mettre sa mensonge en avant ; personne ne devrait agir de la sorte."