La Lionne et l’Ourse

Jean de La Fontaine - Fable 10.13
17ème siècle



Mère lionne avait perdu son faon :
Un chasseur l’avait pris. La pauvre infortunée
Poussait un tel rugissement
Que toute la forêt était importunée.
La nuit ni son obscurité,
Son silence, et ses autres charmes,
De la reine des bois n’arrêtaient les vacarmes :
Nul animal n’était du sommeil visité.
L’ourse enfin lui dit : Ma commère,
Un mot sans plus ; tous les enfants
Qui sont passés entre vos dents
N’avaient-ils ni père ni mère ? —
Ils en avaient. — S’il est ainsi,
Et qu’aucun de leur mort n’ait nos têtes rompues,
Si tant de mères se sont tues,
Que ne vous taisez-vous aussi ? —
Moi, me taire ! moi malheureuse !
Ah ! j’ai perdu mon fils ! il me faudra traîner
Une vieillesse douloureuse ! —
Dites-moi, qui vous force à vous y condamner ? —
Hélas ! c’est le Destin qui me hait. — Ces paroles
Ont été de tout temps en la bouche de tous.
Misérables humains, ceci s’adresse à vous !
Je n’entends résonner que des plaintes frivoles.
Quiconque, en pareil cas, se croit haï des cieux,
Qu’il considère Hécube, il rendra grâce aux dieux.


Un homme qui se plaint frivolement.

Gravures et Illustrations

Jean-Baptiste Oudry - 1755
La Lionne et l’Ourse par Jean-Baptiste Oudry, source: Fables Choisies Mises en Vers Par J. De la Fontaine (1755)
Jean-Jacques Grandville - 1840
La Lionne et l’Ourse par Jean-Jacques Grandville, source: Fables de La Fontaine illustrées par JJ Grandville (1840)