La Femme noyée

Jean de La Fontaine - Fable 3.16
17ème siècle



Je ne suis pas de ceux qui disent : Ce n’est rien,
C’est une femme qui se noie.
Je dis que c’est beaucoup ; et ce sexe vaut bien
Que nous le regrettions, puisqu’il fait notre joie.
Ce que j’avance ici n’est point hors de propos,
Puisqu’il s’agit, en cette fable,
D’une femme qui dans les flots
Avait fini ses jours par un sort déplorable.
Son époux en cherchait le corps
Pour lui rendre, en cette aventure,
Les honneurs de la sépulture.
Il arriva que sur les bords
Du fleuve auteur de sa disgrâce,
Des gens se promenaient ignorant l’accident.
Ce mari donc leur demandant
S’ils n’avaient de sa femme aperçu nulle trace :
Nulle, reprit l’un d’eux ; mais cherchez-la plus bas
Suivez le fil de la rivière.
Un autre repartit : Non, ne le suivez pas ;
Rebroussez plutôt en arrière :
Quelle que soit la pente et l’inclination
Dont l’eau par sa course l’emporte,
L’esprit de contradiction
L’aura fait flotter d’autre sorte.
Cet homme se raillait assez hors de saison.
Quant à l’humeur contredisante,
Je ne sais s’il avait raison ;
Mais, que cette humeur soit ou non
Le défaut du sexe et sa pente,
Quiconque avec elle naîtra
Sans faute avec elle mourra,
Et jusqu’au bout contredira,
Et, s’il peut, encor par-delà.


Que l'humeur contredisante soit ou non le défaut du sexe et sa pente, quiconque avec elle naîtra sans faute avec elle mourra, Et jusqu’au bout contredira, et, s’il peut, encor par-delà.

Gravures et Illustrations

Jean-Baptiste Oudry - 1755
La Femme noyée par Jean-Baptiste Oudry, source: Fables Choisies Mises en Vers Par J. De la Fontaine (1755)
Jean-Jacques Grandville - 1840
La Femme noyée par Jean-Jacques Grandville, source: Fables de La Fontaine illustrées par JJ Grandville (1840)